L’affaire Chichah est non seulement emblématique d’un certain climat régnant au sein de l’Université libre de Bruxelles (ULB), mais elle me concerne aussi personnellement. Souhail Chichah n’en était pas à son premier acte de censure. Contrairement à ce qu’il avance aujourd’hui, c’est bien lui qui, en septembre 2010, lors du débat sur Dieudonné, provoque le chaos après m’avoir interdit de droit de parole sous prétexte que je suis membre du CCLJ ! Lui, et non pas le président du CCOJB, Maurice Sosnowski, qu’il ne cesse, pourtant depuis lors, de poursuivre de sa haine paranoïaque.
Tout récemment, dans un entretien filmé, qui rappelle les très « critiques » interviews iraniennes de Dieudonné, notre intellectuel-autoproclamé-indigène a été jusqu’à retirer à Maurice Sosnowski le droit de se considérer comme juif. Pour Chichah, c’est simple : le Juif, l’exclu, c’est lui. Maurice Sosnowski, de son côté, pour n’être plus de la communauté des indigents, mais des bourgeois, ne serait plus qu’une « crapule » (sic) ou, pour reprendre l’expression du nigaud qui l’interview, le bien nommé Sergio Bianchini, un « blanc juif ». Contrairement à ce que d’aucuns voudraient croire, cette réappropriation du signe « juif » n’a rien d’humaniste ou d’anodin. Outre de nier aux Juifs le droit à exister en tant que tels, elle rappelle surtout la théologie de la substitution des Pères de l’Eglise et celle de la falsification des Pères de l’islam. A la sauce théologique islamo-gauchiste, cela conduit à considérer les filles et fils des rescapés de la Shoah comme des traîtres à leur condition première de « déshérités », de « persécutés », bref de dhimmis. En bon connaisseur de l’histoire du Maroc, Souhail Chichah ne peut s’empêcher d’évoquer la condition du Juif paria en Terre d’islam qui, seule, permet de comprendre leur départ sans retour. Ainsi, à décrypter notre sociologue amateur, c’est bien l’émancipation individuelle et collective des Juifs qui leur ôterait leur qualité de Juifs et ce, au profit des nouveaux dhimmis que sont aujourd’hui, par un étrange effet de boomerang, les Belges d’origine arabo-musulmane. Victimes des blancs, juifs et chrétiens, ceux-ci seraient persécutés comme les Juifs au temps des nazis. D’où l’idée grotesque et pour le moins négationniste selon laquelle les indigènes (et non les Juifs d’aujourd’hui) seraient les vrais héritiers des gazés d’Auschwitz.
Reste un problème de taille : si Maurice Sosnowski est devenu blanc du simple fait de sa réussite sociale, qu’en serait-il alors de Souhail Chichah qui enseigne, rappelons-le, au sein de la même université ? Ne risque-t-il pas, lui aussi, de devenir à terme « une crapule de blanc », en termes sociologiques s’entend ? Il est, en effet, tout sauf un indigène déclassé. Son parcours professionnel est impressionnant : après avoir été engagé tour à tour par l’un des « big five » anglo-saxons, Ecolo et le PS, travaillé dans un projet supervisé par le ministre belge des Finances et le Roi du Maroc, notre « pauvre indigène » s’est retrouvé débauché par la Loterie nationale dont il deviendra, ni plus ni moins, le directeur commercial. En gros, Souhail Chichah serait l’exemple même de la réussite sociale, n’était sa posture victimaire, n’était sa névrose qui le pousse à toujours rompre avec ses employeurs, et ce, par crainte de contredire ses certitudes théoriques. Sa thèse sociologique est désormais bien connue : la Belgique discriminerait les Belges d’origine maghrébine, surtout s’ils sont diplômés.
Ses vociférations à la Burqa Pride du 7 février doivent être comprises comme une énième tentative de suicide social. C’est que notre homme est frappé du phénomène bien connu de haine de soi; d’où son acharnement à éliminer la part de bourgeois, de Juif, de… « Sosnowski » en lui… Il faut savoir, en effet, que, depuis le 19esiècle, le Juif est assimilé à l’argent et à la réussite bourgeoise.
Va-t-il, comme à chaque fois et bien malgré lui, être sauvé in extremis par de bonnes âmes compatissantes ou va-t-on, enfin, le laisser se désembourgeoiser. En cas d’exclusion, il ne pourra qu’être apaisé, et ce, en vertu du phénomène sociologique bien connu de « prophétie auto-réalisée ». Le pire ennemi de Chichah s’appelle Chichah.
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