Ce n’est pas un événement quelconque qu’un homme comme Théo Klein (voir encadré) critique ouvertement une organisation qu’il présida et développa avec tant de talent. Il s’explique dans une lettre ouverte dont nous publions les principaux extraits. En cause, le soutien inconditionnel de l’actuel Président, Richard Prasquier, aux thèses diffamatoires de Philippe Karsenty à l’encontre de Charles Enderlin.
« Je suis plus qu’étonné, plus qu’effaré, véritablement indigné de l’utilisation que vous faites de la newsletter du CRIF pour y poursuivre de votre vindicte Charles Enderlin. Je suis non moins étonné de ce que vous offriez à Monsieur Karsenty cette publication pour y publier ses communiqués.
Je suis choqué que la newsletter du CRIF serve à répandre des propos qui ont été qualifiés de « diffamatoires » à plusieurs reprises par les tribunaux français. Vous avez constamment publié des informations inexactes en omettant de préciser que les juridictions françaises avaient, à chaque fois, confirmé l’existence du délit de diffamation, accordant au diffamateur le bénéfice de l’exception de bonne foi.
Il n’y a plus de bonne foi possible maintenant. En effet, lorsque des propos sont jugés diffamatoires et que celui qui les a tenus, ou quelqu’un d’autre, les réutilise, la bonne foi ne peut plus être admise. Je trouve que votre attitude dans cette affaire est dépourvue à la fois de bonne foi et de bon sens.
Les attaques que vous renouvelez sont une insulte permanente pour la justice israélienne et les autorités en charge de la saisir, le cas échéant, puisqu’en Israël, aucune procédure n’a jamais été ouverte (…)
Le fait que la propagande arabe ait utilisé la mort de l’enfant n’en efface pas l’existence. Peut-être étiez-vous alors trop jeune ou trop absent pour n’avoir pas saisi l’importance de l’intrusion des armes à feu dans un conflit qui, pourtant, semblait pouvoir se diriger vers une solution pacifique.
Les faits sont les faits et le seul doute qui aurait pu exister à l’époque était de savoir si les balles ayant atteint cet enfant étaient tirées du côté palestinien ou du côté israélien. L’armée israélienne, sur ce point, n’a jamais cherché à apporter de preuve contraire aux propos que vous condamnez.
Vous avez à titre personnel, le droit d’avoir toutes les opinions que vous voulez, les plus stupides pouvant s’intégrer, elles aussi, dans le cadre de la liberté d’expression. Par contre, je ne vous reconnais certainement pas le droit de propager dans un bulletin de notre communauté des opinions qui ont fait plusieurs fois l’objet de décisions des tribunaux français les considérant comme diffamatoires.
Le CRIF n’est pas votre tribune personnelle, comme il ne peut pas être non plus le brouillon de vos futurs mémoires. Votre éditorial « Reportage à Netzarim, quelle vérité ? » va au-delà de tout ce que vous avez écrit et publié dans cette newsletter que vous transformez volontiers en votre blog personnel ! Ou, peut-être considérez-vous les mouvements de votre pensée comme étant l’expression de la volonté du CRIF. (…)
Je me permets de vous rappeler que le CRIF représente les principales organisations juives de France et j’attire votre attention sur le fait que vous tentez de le détourner de cette mission en le considérant comme l’expression même des sentiments et de la volonté des juifs vivant en France.
Peut-être votre projet est-il grandiose, mais je crains qu’il soit mortel.
Je n’imagine pas que vous publierez la présente lettre dans la newsletter du CRIF mais vous précise cependant que je ne m’y opposerai pas. »
Th. K.
Un grand serviteur du judaïsme, de la France et d’Israël, voilà comment on pourrait définir Me Théo Klein dans un parcours que nombre de dirigeants juifs actuels pourraient avec raison lui envier.
Résistant durant la 2e Guerre mondiale, sioniste de toujours (il a pris la citoyenneté israélienne au début des années 1950), Théo Klein a été durant toute son existence un dirigeant actif au sein des organisations juives où il défendait les valeurs républicaines et laïques de son pays.
Il a atteint le sommet des instances communautaires en présidant aux destinées du CRIF de 1983 à 1989. Et il en était Président d’honneur jusqu’à cette démission fracassante. C’était aussi un ami personnel de David Susskind (notre « Suss »).
Les deux hommes ont mené ensemble de nombreux combats : celui, essentiel, pour la paix au Moyen-Orient et, en son temps, un autre pour le départ des Carmélites qui avaient accaparé une partie du camp d’Auschwitz.
Ecrivain de talent, orateur de haute volée, Théo Klein s’est toujours voulu un homme libre. Cette lettre montre, s’il en était besoin, qu’il n’a ni changé ni perdu de sa vigueur d’esprit et de plume.