Comment votent les Juifs de France

Cette étude de l’IFOP* a été réalisée avant les tueries de Toulouse et Montauban**.  Mais comme il s’agit de tendance lourdes et donc lentes, ces terribles événements ne devraient guère faire bouger les lignes.  

Difficile de ne pas y voir une victoire des idées de l’extrême droite : un nombre croissant de Français croient qu’il existe un « vote juif » et même qu’il a une importance quelconque. Alors qu’on parle de 260.000 électeurs sur 43 millions…

Moyennant quoi, l’institut de sondage IFOP vient de lui consacrer une étude spécifique. Laquelle est aussi crédible que peut l’être un sondage puisqu’elle porte sur 1.095 personnes « de religion juive ».

On aurait préféré « de tradition juive » ou « se déclarant juives ». Mais on ne saurait non plus exiger des sondeurs qu’ils prennent en compte les nuances de l’éternel débat « qui est juif ? ». Première constatation de l’étude : le mini « vote juif » n’existe pas.

Il est aussi divers que celui des autres électeurs. Même s’il comporte ce que l’enquête appelle joliment un « fort tropisme droitier ». Un changement  récent d’ailleurs : l’électorat juif a longtemps voté à gauche. Ce soutien a culminé avec l’élection de François Mitterrand en 1981.

Il a ensuite commencé à décliner et cette désaffection s’est accélérée après l’an 2.000. En cause, selon l’étude, la vague d’actes antisémites consécutive à la 2e intifada. Et cela a commencé à se voir au premier tour de la présidentielle d’avril 2002 :

Les Juifs avaient alors voté à 23,45% pour Jacques Chirac (19,8 % chez l’ensemble des électeurs). Mais Lionel Jospin avait aussi bénéficié d’un « survote » (19,2 % contre 16,8). Ces résultats se confirmèrent lors de la présidentielle de 2007.  

Au premier tour, Nicolas Sarkozy obtenait 45,7 % des suffrages juifs, (31,1 % pour l’ensemble des Français). Et, encore une fois aussi, si Ségolène Royal n’attirait que 25,8% des Français, elle atteignait les 28,8% dans la communauté juive.

Deux autres éléments sont à noter dans cette élection. D’abord, les Juifs pratiquent le « vote utile » : ils ont nettement soutenu le candidat centriste François Bayrou que le reste de la population (13,9% contre 18,6). Idem pour les Ecolos (1,7 contre 2,9).

Et ils rejettent les partis extrêmes : celle de gauche -sans nul doute à cause de ses positions pro-palestiniennes- n’a recueilli que 2,2% contre 5,7. De même pour le Front National, mené par le très antisémite Jean Marie Le Pen : 4,3% au lieu de 10,6.

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Le mandat de l’actuel Président a commencé par une lune de miel de plusieurs mois avec la communauté juive, qu’il avait déjà séduite en tant que Ministre de l’Intérieur.

Les grands déçus du « sarkozysme »

Comme dit l’étude : « Nicolas Sarkozy ne manquait jamais l’occasion d’afficher sa proximité avec Israël et la communauté juive ». Et le fait qu’il ait eu un grand père juif sépharade n’a pas dû lui nuire non plus.

Certes, comme selon la loi, le judaïsme se transmet par les femmes, cela n’en fait pas un Juif. Qui plus est, il se revendique catholique non pratiquant. N’empêche, les Juifs lui donnaient 16 points de plus que la moyenne nationale.

Cela n’a pas duré : les Juifs ont aussi été les plus grands déçus du sarkozysme. Mais pas les seuls : de décembre 2007 à janvier 2012, la cote de popularité du Président est passée de 46 à 32% chez l’ensemble des Français (-14).

En même temps, elle est tombée de 62 à 43% (-19) chez les Juifs. Principaux reproches : les promesses de lutte contre l’antisémitisme n’ont pas été tenues et la France n’a guère modifié sa politique au Moyen Orient. 

Ceci étant, venant de plus haut, la côte de Nicolas Sarkozy reste malgré tout plus forte dans la communauté que parmi l’ensemble des Français. Il sera intéressant de voir s’il y aura le même survote en faveur de François Hollande que pour son ex-compagne.

Et bien sûr, il y a l’inconnue de Marine Le Pen : à l’inverse de son père, elle condamne avec fermeté l’antisémitisme et affiche son soutien à l’Etat juif. Cette danse du ventre suffira-t-elle à lui attirer le vote des « durs » de la communauté ?

Réponse en avril, bien sûr. En gardant en mémoire ce chiffre qui relativise tout de même ces questions : on parle ici de 0,6% des électeurs français…

*http://www.cevipof.com/rtefiles/File/AtlasEl3/NoteFOURQUET.pdf

** Entre autres : « Toulouse : fusillade devant un collège juif » ( http://www.cclj.be/article/3/2947)

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