Ce que signifie Pessah pour moi

J’ai le coeur gros à la veille du premier seder de ce Pessah 5772. Cette année sera pour moi différente de toutes les autres, un malencontreux hasard de calendrier m’empêchant de célébrer la libération du peuple hébreu entourée de ma famille et de mes amis.

Du plus loin que je me souvienne, Pessah a toujours compté au nombre de ces rendez-vous qui, année après année, rythmaient inlassablement le calendrier des célébrations familiales. Je me souviens encore comme si c’était hier de cette matinée où j’appris à fabriquer ma propre matza, partagée ensuite avec les parents des jeunes élèves de l’école Shalom Alehem. Ce fût je crois mon premier contact avec les traditions héritées par mes ancêtres à leur sortie d’Egypte, traditions que les mahanot (camps) de la Jeunesse juive laïque (JJL) et le cours de religion judaïque –que j’étais seule à suivre dans l’école communale où je fis mes classes primaires– m’apprirent à mieux connaître.

Depuis plusieurs années, j’avais pris l’habitude de célébrer en famille le premier des deux sedarim de Pessah, auquel étaient également conviés de nombreux invités. Ma mère mettait les petits plats dans les grands pour offrir à l’assemblée un délicieux repas de fête à la suite du repas symbolique, et les commentaires allaient bon train autour des haggadot richement illustrées. La soirée se prolongeait souvent jusqu’aux petites heures de la nuit. Nous nous levions tard le lendemain, et il nous fallait nous hâter pour assister au second seder, célébré cette fois dans l’ambiance chaleureuse propre au Centre communautaire laïc juif (CCLJ). Au plaisir de retrouver les amis s’ajoutait le sentiment de faire véritablement partie d’une communauté d’hommes et de femmes, avec lesquels plus que des traditions, ce sont des valeurs que je partage.

Fête de la libération du peuple juif, Pessah est pour moi plus largement une célébration de la liberté, sous toutes ses formes. Loin d’être démodée, cette valeur que je chéris reste plus que jamais d’actualité. C’est l’occasion de rappeler qu’aucun être humain n’est réellement libre tant que cet idéal ne constituera pas une réalité tangible pour tous. Il y a bien longtemps, nos ancêtres étaient esclaves en Egypte. Malgré le formidable souffle d’espoir qu’a connu la région à l’occasion du printemps arabe, il nous faut malheureusement reconnaître que d’autres personnes sont encore esclaves aujourd’hui en Egypte, en Syrie, ou ailleurs. Moins évidentes, les atteintes à nos libertés individuelles, justifiées dans des discours sécuritaires qui surfent honteusement sur des drames ignobles, devraient également retenir notre attention. L’Histoire nous a appris que la liberté n’est jamais définitivement acquise, et qu’il nous faut parfois nous battre pour la conserver.

Mais que ces quelques réflexions en demi-teinte ne viennent pas ternir la joie que je partagerai avec vous en pensée à défaut d’être là. Hag Sameakh à tous ! 

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