Ne connaissant pas personnellement Nathan Weinstock, ayant des convictions souvent différentes des siennes, je ne serai pas suspect d’être son Public Relationssi j’écris que cet auteur d’une bonne quinzaine d’ouvrages publiés par de grands éditeurs n’a pas la renommée que devraient lui valoir les essais historiques et politiques qu’il a élaborés sur des sujets qui préoccupent nombre d’entre nous.
Qu’évoque son nom ? Demandez autour de vous et vous recueillerez probablement la même réaction que celle que j’ai obtenue auprès de mes familiers : Nathan Weinstock ? « Ce jeune gauchiste qui avait sorti un bouquin très anti-Israël il y a longtemps ? » Aujourd’hui, Le sionisme contre Israël (éd. Maspero Paris) a plus de 40 ans et l’ex-pamphlétaire trotskyste porte sur son site (www.nathanweinstock.net) un jugement sévère : « Avec le recul, l’auteur est atterré par le simplisme et le sectarisme de cette œuvre de jeunesse… ».
L’effet de ce brulot qui fut retentissant à l’époque a-t-il entrainé l’occultation ou la sous-estimation chez nous des recherches et de l’imposante production que Weinstock a consacrées au fil du temps à l’histoire des Juifs en Europe, en Israël et dans les pays arabes ainsi qu’à la culture yiddish ? Une production qui comprend notamment Une si longue présence : comment le monde arabe a perdu ses Juifs (éd. Plon); Histoire de Chiens : la dhimmitude dans le conflit israélo-palestinien, (éd. Fayard); Du fond de l’abîme(éd. Plon)-il s’agit d’une traduction annotée de textes yiddish de Hillel Seidman, l’archiviste de la communauté de Varsovie-; Le pain et la misère. Histoire du mouvement ouvrier juif en Europe(éd. La Découverte), etc., etc. Sans parler des romans qu’avec sa femme, Micheline Weinstock, il a traduits du yiddish.
De tout cela, je n’avais qu’une vague idée lorsque, récemment, j’ai écouté Nathan Weinstock dans l’intelligente émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut sur France Culture. Weinstock y dialoguait avec l’orientaliste Henry Laurens, professeur d’Histoire du monde arabe au Collège de France et auteur d’essais sur les Palestiniens. Présentant son dernier ouvrage Terre Promise, trop promise(éd. Odile Jacob) et s’appuyant tant sur des textes peu connus en Occident que sur l’analyse des faits, Weinstock exprimait sa conviction que quelle que soit la politique de tout gouvernement israélien, le nœud du conflit résidait dans le refus généralisé du monde arabe de reconnaître aux minorités (Juifs, Chrétiens, Kurdes, etc.) un statut autre que celui de la sujétion (dhimmithude). D’où le rejet de l’Etat d’Israël.
Cela se discute bien sûr -et la place me manque-, mais ce qui paraît indiscutable, c’est que Nathan Weinstock a bâti dans la discrétion une œuvre qui, par son ampleur et sa profondeur, force le respect. Même si on n’est pas toujours d’accord.
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