Lorraine Lévy présente « Le fils de l’Autre »

A croire que les films français consacrés à des thématiques liées au conflit israélo-palestinienont actuellement la cote. Après le très réussi Une bouteille à la mer de Thierry Benisti, inspiré duroman de Valérie Zenatti, voici Le fils de l’Autre de Lorraine Lévy. A voir dès le 11 avril 2012 dans les salles belges.

Joseph (Jules Sitruk – il est déjàloin le temps de Monsieur Batignole) est juif, né de mère juive et de père juif. Yacine (Medhi Dehbi) est musulman, comme ses deux parents, son frère aîné et sa petite sœur. Le premier vient d’une famille française qui a émigré en Israël. Le second est palestinien, mais revient juste de Paris où il a passé son baccalauréat. C’est en tout cas ce qu’ils croient, jusqu’au jour où un test ADN que passe Joseph en vue de son service militaire révèle que Joseph n’est pas Joseph et que Yacine n’est pas Yacine. En bref, chacun est le fils de l’autre. Tous deux sont bien nés à Haïfa, le 23 janvier 1991, mais le bombardement de la maternité en pleine guerre du Golfe a modifié le cours de leurs destins…

Notre appartenance est-elle liée à notre éducation, à notre environnement familial ? Notre judéité est-elle un statut à part entière ? Peut-on ne plus être juif en ayant été circoncis et fait sa bar-mitzva ? Nos identités sont-elles interchangeables ? Les questions que pose le film de Lorraine Lévy sont nombreuses. Les réponses bien sûr libres à chacun.

Quelques semaines après la sortie d’Une bouteille à la mer qui nous interrogeait très adroitement sur les réalités vécues par l’un et l’autre camp, Le fils de l’Autre, en version proche-orientale de La vie est un long fleuve tranquille, manque peut-être de profondeur, n’abordant que superficiellement le quotidien des deux familles. On retiendra toutefois le très bon jeu des acteurs, français comme palestiniens. Avec Medhi Dehbi, à la fois grave et léger (Le soleil assassiné, produit par les frères Dardenne, mais aussi La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy), Khalifa Natour en Saïd, le père de Yacine, repéré dans La visite de la fanfare ainsi que dans Le cochon de Gaza. Et Mahmood Shalabi qui fait fort impression il y a peu en « Gazaman » et qui excelle ici aussi en Bilal, le frère de Yacine. Côté français, le couple Emmanuelle Devos/Pascal Elbé et leur fils Jules Sitruk sont tout à fait cohérents pour interpréter cette famille qui résistera à la tempête.

La force des femmes

Une histoire qui mêle l’importance des valeurs et des convictions, du lien filial et des certitudes, aussi fortes que les doutes. En se gardant de donner des leçons. « La seule façon d’aborder ce sujet était d’avoir une posture d’humilité dès le départ, et de raconter d’abord la petite histoire », explique la réalisatrice française Lorraine Lévy. « Je n’ai en aucun cas le sentiment d’avoir fait un film à caractère politique, même s’il l’est malgré moi ». Elle précise : « Ne vivant pas en Israël, il nous a fallu déshabiller le scénario, déconstruire et reconstruire pour être crédible. Tous les membres de l’équipe, constituée de Juifs israéliens et de Palestiniens, vivant en Israël ou en Cisjordanie, ont exprimé des choses, et j’ai été très à l’écoute, car j’y ai puisé des vérités que ni moi ni mes coscénaristes ne pouvions connaitre. C’était mon angoisse : véhiculer des clichés de façon naturelle ».

Ce film souligne aussi la force des femmes, Areen Omari, la mère de Yacine et Emmanuelle Devos, la mère de Joseph, lorsque les vérités deviennent insoutenables. Face aux questionnements de leur mari, toutes deux se montreront inflexibles dans l’amour de leur fils, constituant pour leur moitié un véritable moteur dans leur main tendue à l’autre.

Lorraine Lévy confie encore s’être choisideux parrains, l’un intellectuel et artiste arabe pour la relecture du scénario, Yasmina Khadra. L’autre, plus emblématique, « que je n’ai jamais rencontré, mais que j’ai choisi comme on se choisit une famille », insiste la réalisatrice en nommant Amos Oz. « Quand je suis arrivée sur le tournage, j’ai donné à chaque chef de poste un petit livre intitulé “Imaginer l’autre”, transcription d’un long entretien avec cet immense écrivain israélien, fondateur en 1977 du mouvement La Paix maintenant. Je voulais que mes collaborateurs lisent ce message d’ouverture que je souhaitais donner au film. Amos Oz a été pour moi une sorte de guide spirituel ».

Tourné en quatre langues (français, hébreu, arabe, anglais), le tournage a dû se faire en dépit d’une actualité violente (assassinat de l’acteur palestinien Juliano Mer-Khamis, attentat à Jérusalem…), le film devenant une matière mouvante, en constante évolution. Et quand on lui demande si elle croit au pouvoir du cinéma, Lorraine Lévy répond de façon limpide : « Pas pour changer le monde, mais pour partager, transmettre, échanger. Un moyen de comprendre l’humanité de l’autre ».

Avant-première

Mardi 10 avril 2012 à 20h15

En partenariat avec le CCLJ et IMAJ.

Cinéma Galeries, Galerie de la Reine 28 – 1000 Bruxelles
Réservations : 02/344.86.69 (IMAJ)

La Rédaction de Regards offre 20 x 2 places (séance et cinéma au choix tant que le film est à l’affiche – Belgique uniquement) aux premiers lecteurs qui enverront un mail avec leurs nom et adresse à regards@cclj.be

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