Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de 5 ans et demi, une blondinette de 2 ans et 10 mois.
C’est aujourd’hui que la qualification « juive », entre parenthèses dans le titre de cette chronique, prend tout son sens. Parce qu’avant d’être une mère juive, je suis bien sûr une mère, une maman. Et comme toutes les mamans, ce 16 mars 2012, en dépit du soleil, aura été une journée sombre. Impossible de ne pas se projeter en repensant à ces images effroyables, en songeant à ces parents qui se réjouissaient de retrouver leurs petits bientôt de retour d’un voyage scolaire dans le Valais.
J’ai le cœur gros en écrivant ces lignes. Sara, Joachim, Sonya… et leurs amis, tous âgés de 11 et 12 ans, partis pour une semaine de bonheur avec leurs deux instituteurs. Pour beaucoup d’entre eux, les premières joies de la neige aux sports d’hiver, qui auront dramatiquement tourné court. Dans cet accident de car sans précédent en Suisse, l’école de Lommel, dont étaient originaires 17 des 28 victimes, a perdu presque une classe entière, et les copains garderont peut-être à jamais une plaie béante.
Après m’être arrêtée sur le bas-côté de la route à 11h, comme une majorité de Belges l’ont fait au travail, dans les écoles et les transports en commun pour une minute de silence, la vie a repris son cours. C’est normal, mais c’est peut-être cela le plus dur.
Bel-RTL a choisi d’adapter toute sa programmation en ce jour de deuil national, Jeff Bukley y reprend magnifiquement Hallelujah de Léonard Cohen. Difficile de ne pas craquer.
Quelques jours plus tôt, à l’annonce de la nouvelle, le ptit gars m’avait interrogée : « Mais comment ils pouvaientêtre morts s’ils étaient à l’abri dans un car ? Zut qu’ils n’avaient pas de ceintures… ».
On en savait encore peu, toutes les victimes n’avaient pas été identifiées. On n’en sait pas beaucoup plus à l’heure où j’écris. Juste que, si, pourtant, les enfants portaient bien leurs ceintures. Que le car ne roulait pas trop vite, que les chauffeurs, tués eux aussi, étaient bien reposés et n’avaient pas bu. Un accidentologiste d’ajouter qu’il ne fallait pas s’effrayer à la vision des banquettes déformées, mais plutôt se rassurer : ces chocs-là auront été autant de chocs en moins subis par les enfants…
Cela ne change rien à la douleur de ces familles qui, dans la nuit du 13 au 14 mars, sont entrées en enfer. Les mots ne suffiront pas pour atténuer leur chagrin.
A Heverlee et Lommel, la reprise des cours ne sera plus jamais pareille. On pense aux parents, aux familles, aux professeurs, on pense beaucoup à tous ceux qui s’en sont sortis et qui à présent devront continuer de vivre. Avec la chance d’être en vie et le poids de ne pas être partis, eux aussi.
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