Pour le premier avocat éthiopien-israélien du pays, l’intégration économique de cette communauté de 130.000 âmes laisse encore à désirer.
« La société israélienne n’est pas particulièrement raciste. Mais ici comme ailleurs, il faut vaincre les résistances », confie Itzik Dessie, premier avocat éthiopien-israéliendu pays. Cet homme de 41 ans utilise desmots choisis. Il a quitté son Ethiopie nataleà l’âge de 13 ans, gagné à pied le Sud-Soudan, et rejoint l’Etat hébreu grâce à l’opération Moïse (organisée en 1984 par les services spéciaux israéliens). Il se souvient encore de l’époque où les gens àla peau noire étaient montrés du doigt dansla rue par les « Sabras » (les Israéliens de souche). Pour autant, il mesure le cheminparcouru par les « Beta Israël » dont le gouvernement d’Yitzhak Rabin a reconnuen 1975 la judéité, en leur accordant le bénéfice de la Loi du retour. Cette population compte aujourd’hui 130.000 âmes, dont un quart né en Israël.
« Nous avons marqué des points importantssur le front juridique », pointe Itzik Dessie,dont l’association Tebeka (« avocat de la justice » en amharique), fondée voilà dix ans et financée par des dons privés, s’attache à défendre les droits fondamentaux des Ethiopiens israéliens. « Il nous faut désormais préparer l’étape d’après : aider les jeunes générations à emprunter l’ascenseur social ». A l’heure où ces immigrantsviennent de célébrer le vingtième anniversaire de l’opération Salomon, qui a permis en mai 1991 d’évacuer 14.000 Juifs éthiopiens vers Israël, le pari n’est pas gagné.
Témoin les évènements de KiryatMalachi survenus en janvier dernier, après qu’un couple éthiopien s’est vu refuser l’accès à la propriété. « Ces gens ont été écartés, en raison d’un accord formel passé entre les associations de propriétaires interdisant la vente d’un bien immobilier à des Israéliens d’origine éthiopienne », rapporte le fondateur de Tebeka. La réaction n’a pas tardé : près de 10.000 Israéliens, dont la moitié d’ascendance éthiopienne, ont défilé dans les rues du pays pour réclamer « la fin des discriminations ». « Lors d’un débat organisé à la Knesset », précise l’avocat,« j’ai demandé à ce que la loi israélienne dite “lashon hara” s’applique aux cas de diffamation à l’égard de toute une communauté ».
Chômage et Ségrégation
De fait, l’intégration économique des Ethiopiens laisse à désirer. Près de 60% des familles dépendent de l’aide sociale, la moitié vit sous le seuil de la pauvreté (contre une moyenne nationale de 14,5%), tandis que les problèmes de drogue et d’alcoolisme sont en hausse chez les jeunes. Souvent logés en périphérie, loin des bassins d’emplois, les Ethiopiens connaissent un taux de chômage élevé. Leur niveau de salaire, à nombre égal d’années d’études, serait 30 à 40% inférieur à celui des Arabes israéliens, selon une récente étude réalisée par deux chercheurs du collège académique de Rishon Le Tzion et de l’Université de Bar Ilan.
En même temps, cette minorité commence à tirer son épingle du jeu. Financée par les organisations juives américaines, qui ont récolté près de 600 millions de dollars depuis 1991, elle compte un parlementaire, Shlomo Molla, député du parti Kadima à la Knesset. Certains immigrants occupent des postes élevés dans des entreprises comme Intel ou Hot (le premier câblo-opérateur du pays). Récemment, une première ambassadrice de l’Etat hébreu d’origine éthiopienne a été nommée. « Mais voilà, la plupart des jeunes diplômésne disposent pas de relations ou de réseaux, un atout clé pour réussir dans un petit pays comme Israël », relève Itzik Dessie qui préfère se battre devant les tribunaux pour imposer « l’égalité des chances » plutôt que d’exiger des mesures de « discriminations positives ».
L’association reste avant tout mobiliséedans la lutte contre la ségrégation scolaire. « Il y a peu, une nouvelle école “rien que pour les Ethiopiens” a été découverte à Netanya où les parents d’élèves à la peau blanche se voient délivrer par la municipalité des dérogations pour que leurs enfants soient scolarisés dans un autre périmètre », note Itzik Dessie. « Il se produit des évènements troublants », concède-t-il,« mais je reste encouragé par le soutien que notre communauté a reçu des citoyens israéliens. Grâce à une constante vigilance, nous espérons garantir qu’aucun Israélien ne soit traité comme un citoyen de seconde zone dans l’Etat hébreu ».
]]>