Gaza encore et toujours

Que s’est-il passé en Israël depuis ma dernière chronique ? Rien. Ou plutôt si, une nouvelle guéguerre dans le Sud, autrement dit la routine.

Cette fois, l’élément déclencheur a été l’élimination de Zouheir al-Qaïssi,
secrétaire général des Comités de résistance populaire, une nébuleuse terroriste constituée d’éléments provenant des divers mouvements armés palestiniens. Selon Ehoud Barak, le ministre de la Défense, cet individu était en train de préparer un attentat d’envergure et il était essentiel de l’en empêcher. On l’en a donc empêché, bien que Barak lui-même ait exprimé des doutes sur la nature de la menace, comme sur la réalité de son évitement.

Tout s’est enchaîné selon un mécanisme trop familier. Les séides du décédé ont riposté, le Djihad islamique est entré dans la danse, des roquettes ont commencé à pleuvoir sur le sud. Jusqu’à Ashdod, Ashkelon et Beersheva, un million d’Israéliens se sont trouvés dans les abris et leurs enfants empêchés d’aller à l’école. Tsahal a riposté par des frappes « chirurgicales ». A l’heure où j’écris ces lignes, et toujours selon un scénario bien connu, un cessez-le-feu négocié par les Egyptiens a ramené le calme. Jusqu’à la prochaine fois.

Le bilan humain de ce round : quelque 300 roquettes qui ont fait plus de peur que de mal -deux blessés tout de même, dont l’un, un ouvrier thaïlandais, dans un état grave- et 26 Palestiniens tués, dont quatre civils. Le bilan militaire est nettement à l’avantage d’Israël, ce qui n’est pas vraiment un scoop. Au-delà de l’énorme disproportion des forces en présence, il faut noter l’efficacité du
système de protection « Dôme d’acier », dont les unités ont réussi à intercepter les trois quarts des engins lancés sur les centres urbains sous attaque, et aussi une plus grande précision des frappes de l’aviation de Tsahal.

C’est le bilan politique qui apparaît le plus problématique. A quoi cette nouvelle flambée de violence a-t-elle servi ? A déjouer une attaque terroriste ? Il était possible de s’y prendre autrement. A liquider un dangereux terroriste ? Il a été promptement remplacé. A détruire l’infrastructure terroriste de la Bande de Gaza ? Nous sommes évidemment loin du compte. D’ailleurs, nul ne sait évaluer au juste le rapport de force entre les diverses factions qui se disputent le pouvoir dans le territoire. Le Hamas, désormais coupé de Damas et de Téhéran, se cherche un nouveau patron. Le Djihad islamique, autrefois son fidèle allié, est resté, lui, sous la coupe des Iraniens. Naguère bande maigrichonne, il est devenu une milice puissante, forte de plusieurs milliers d’hommes et lourdement armée par l’Iran, désormais capable de tenir tête au Hamas. Ce dernier est par ailleurs gravement divisé entre extérieur et intérieur, entre jusqu’au-boutistes et « modérés ».

Preuve du désarroi du Hamas, Khaled Meshaal, son chef de l’extérieur et ci-devant tenant de la ligne dure, s’est dit partisan de la « résistance non violente » à Israël et vient de rendre visite aux Saoudiens, lesquels sont toujours attachés à leur initiative de paix vieille déjà de dix ans. Cela lui a valu les critiques acerbes d’Ismaïl Haniyeh, le chef du gou-vernement de l’intérieur, naguère considéré comme plus modéré que l’homme de Damas. Mais lui-même ne saurait ignorer la nouvelle donne en Egypte, pays en principe en paix avec Israël et où la Confrérie des Frères musulmans, sa matrice, est désormais aux affaires.

Opportunité manquée ?

Le gouvernement de Jérusalem se moque de tout cela. Il pourrait et devrait saisir l’opportunité que lui offre un camp palestinien en pleine déroute pour tenter de relancer sérieusement le dialogue avec l’Autorité palestinienne, seule chance à terme d’en finir avec la menace à sa frontière méridionale. Mais de cela, il ne saurait être question. Prisonnier volontaire des implantations et fidèle à la politique du chien de Pavlov, il salive dès qu’il sent l’odeur de la poudre. Que se passera-t-il si, lors du prochain round, le Hamas, déjà accusé de défaitisme par ses adversaires, estime ne plus pouvoir se tenir à l’écart de l’affrontement ? Et que se passera-t-il si la junte militaire égyptienne, sous pression de la rue, se sent obligée de « faire quelque chose » ? Et si le Hezbollah décide de se joindre à la fête ? On verra bien…

En attendant, de la même manière que le nucléaire iranien a servi à occulter le problème palestinien dans l’arène internationale, les roquettes de Gaza servent à l’éliminer du champ de vision des Israéliens. Dans les deux cas, la menace est réelle; dans les deux cas, le remède est pire que le mal.

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