Pourquoi Mel Gibson est définitivement un sale type

Ainsi le héros de Braveheart et The Patriot est homophobe, antisémite et violent. Est-ce important ? Pas vraiment : on n’en est pas à un raciste près, de nos jours. Est-ce triste ? Il ne faut rien exagérer, non plus. Mais la chute d’une idole, c’est toujours  perturbant.

Ce n’est pas un grand acteur, Mel Gibson. Ni Robert Redford ni Al Pacino, et encore moins Marlon Brando. Mais c’est un bon acteur. Il a un physique agréable, un sourire craquant et son jeu est tout à fait convainquant.

Son rôle de prédilection, c’est de se faire taper dessus avant de prendre une revanche éclatante. Et puis après ? C’est une constante du cinéma américain. Il en remet une couche sanglante à l’une et l’autre étape ? On peut mettre ça sur le compte de la modernité.

Et puis, c’est un héros, comme on en veut, comme on les aime et même, comme on en a besoin. Alors, que ce soit un « catho tradi » grave, genre qui fait un enfant par an à sa pieuse épouse, on assume. Qui n’a pas ses petites manies ?

D’ailleurs, il ne cessait pas de tromper la pauvrette, preuve que c’était bien quelqu’un de normal. Comme acteur, veut-on dire. Et puis, bang, dans sa Passion du Christ de 2003, il te montre des saletés de Juifs torturant ce pauvre Jésus (qu’il incarne) que tu as juste envie de les crever tous.

On s’inquiète mais, lorsqu’il sort, en février 2006, Apocalypto, où les Mayas passent leur temps à éventrer et à arracher le cœur des gens, on se rassure : Mel n’est pas antisémite, juste sado-masochiste.

Las. En juillet, des flics californiens arrêtent l’ex-Arme fatale qui conduit saoul comme une bonne partie de la Pologne. Entre deux insultes, Mel leur explique que « les Juifs sont  responsables de toutes les guerres du monde ». Tiens, tiens.

Mais on apprend que Gibson a un problème avec l’alcool (et parfois la drogue) depuis ses 18 ans. D’ailleurs, Mel s’excuse platement et promet de se désintoxiquer. Bon, s’il est malade…

Par la suite, le voilà qui divorce, se remet en couple et conçoit un enfant hors-mariage (les bigots ne sont plus ce qu’ils étaient). Mais souci : en 2010, il se dispute avec la nouvelle, la tape, la couvre de menaces racistes… et d’insultes antisémites. 

Dans la foulée, la presse révèle que son père, Hutton Gibson, est un négationniste pur et dur. Là, de l’avis unanime, il est cramé, le Mel. Fini, terminé. Plus personne ne veut le voir. A part quelques rares amis. Juifs pour la plupart.

Parmi eux, le producteur Dean Devlin, Whoopy Goldberg (qui, comme on sait, cumule : c’est aussi une négresse) et la divine Jodie Foster. Et tous te disent que pas du tout, il n’en est rien.

Un « Braveheart juif » ?

Et nous, le cher public, on a envie de les croire quand ils expliquent, comme Jodie, que c’est un petit garçon qui dit n’importe quoi, qu’elle déteste ce qu’il dit, mais qu’il n’est pas raciste, que c’est un type merveilleux et qu’elle l’aimera toute sa vie. 

En plus, voilà que, fin 2011, notre Mel est de retour avec LE projet de sa vie : un film sur Judah Maccabée, avec lui-même dans le rôle titre et bien décidé à mettre la pâtée aux Grecs pour délivrer le Temple de Jérusalem.

Quel antisémite voudrait jouer un rôle d’un héros juif ? Surtout dans un « blockbuster » produit par la Warner et dont le scénario sera écrit par nul autre que Joe Eszterhas, l’auteur de l’immortel Basic -croise les jambesinstinct.

Sauf que voici quelques semaines, on apprend que le studio et Gibson refusent le projet d’Eszterhas. Et, qu’il n’y a pas huit jours, ce dernier rend publique une longue lettre adressée à Gibson.

Le scénariste lui écrit, entre autres : « J’en suis venu à la conclusion que tu n’avais jamais eu l’intention de faire un film sur les Maccabées. Je crois que tu as annoncé ce « Bravehart juif » pour sortir des tenaces accusations d’antisémitisme que tu portes ».

Eszterhas poursuit : « J’en suis venu à cette autre conclusion que tu ne feras jamais les Maccabées pour la pire des raisons : tu détestes les Juifs ». Et il rappelle à Gibson tous les propos qu’il a tenus pendant qu’ils travaillaient ensemble : Tu traitais les Juifs de « Youpins » (« Hebes ») et d’autres noms insultants (« four-dodgers », « Jewboys. »).

Tu affirmais que tu voulais faire ce film « afin de convertir les Juifs au christianisme ». Et que la Torah prônait le sacrifice de bébés chrétiens. Je t’ai répondu que tu confondais avec les « Protocoles des Sages de Sion », mais tu as maintenu que c’était bien dans la Torah ».

Le scénariste cite encore d’autres gracieusetés ainsi que des attaques contre les Noirs, les homosexuels et même contre John Lennon : Je suis content qu’il soit mort. IL n’a eu que ce qu’il méritait. Il se prenait pour un p… de Messie ».

La réponse de Gibson a été brève. Sans confirmer ni démentir les propos qui lui sont prêtés, il contre-attaque sur le thème : « Je suppose que tu as eu un problème avec moi seulement après que la Warner Bros a rejeté ton scénario, le pire que j’aie lu en 25 ans ». Une question d’égo chez Eszterhas donc ? Possible.

Mais cela ne change rien au fait que Mel Gibson a dépassé toutes les limites. Qu’il déteste les homos, passe encore. Qu’il tape ses femmes, des fois, on s’énerve. Qu’il n’aime pas les Juifs, personne n’est parfait. Mais qu’il s’en prenne à Lennon, ça, ça ne se pardonne pas.

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