Les mots et les maux

L’émission Questions à la Une diffusée mercredi dernier et intitulée « Faut-il craindre l’Islam » a suscité une réaction outrancière du bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux. Pour ce dernier ce reportage relève d’une « manipulation de l’information », ses auteurs sont racistes et islamophobes et leurs méthodes sont dignes de Goebbels !

Que Philippe Moureaux n’apprécie pas le reportage de la RTBF consacré à la réislamisation des musulmans de Belgique, c’est une chose compréhensible. Mais que la seule réaction que lui inspire ce reportage soit l’insulte et l’anathème est une chose grave et inacceptable.

Pourquoi un homme aussi instruit qu’un professeur d’université ne prend pas la peine de rédiger une tribune dans la presse où il exprime de manière argumentée ses divergences avec les journalistes en question ainsi que son opposition ferme et catégorique avec leur traitement de l’information.

Non. Philippe Moureaux a préféré l’insulte et l’anathème. Bref, la meilleure manière de tuer le débat et la personne visée par ces insultes et ces anathèmes. Car assimiler un reportage controversé aux méthodes du ministre de la Propagande d’Hitler est précisément le type d’accusation dont il est difficile de se relever.

Philippe Moureaux aime souvent rappeler à ses interlocuteurs qu’il est historien, cela lui permet ainsi de prendre une forme d’ascendant dans la discussion. Prenons-le au mot : dans tous ses discours haineux, Joseph Goebbels ne cessait de décrire les Juifs comme des bactéries contaminant l’Allemagne et la terre entière. Et c’est explicitement qu’il préconisait leur élimination. Le documentaire de la RTBF ne contient rien de tout cela et ne puise absolument pas dans le registre raciste à l’égard des musulmans. Par ailleurs, la situation des Juifs sous le nazisme n’a rien de comparable avec le sort d’une minorité religieuse dans une société démocratique.

Un détail intéressant qu’il faudrait soumettre à l’édile bruxellois : il y a quelques années, Philippe Moureaux a assisté à une rencontre entre le journaliste israélien Charles Enderlin et des élèves de l’Athénée Serge Creuz située au cœur de Molenbeek. Si Philippe Moureaux a une bonne mémoire, il aurait dû retenir un événement terriblement accablant qu’a subi Charles Enderlin : un groupuscule juif d’extrême droite a comparé ses reportages à la propagande de Goebbels. Pour ce faire, ses membres lui ont attribué le « prix Goebbels de la désinformation » en 2002 ! Depuis lors, Charles Enderlin subit un flot d’insultes de ce type, et même de menaces.

Morale de l’histoire, ce n’est pas avec des mots qui tuent que Philippe Moureaux soignera les maux dont sont victimes les musulmans de Belgique.  

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