L’Iran et l’arme nucléaire

Loin d’apaiser les tensions du Moyen-Orient, la quête nucléaire iranienne suscite une vive inquiétude dans le monde. Ancien directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Pierre Goldschmidt se demandera s’il est encore possible de convaincre l’Iran de renoncer à l’arme nucléaire le vendredi 27 avril à 20h30 au CCLJ.

A supposer que l’Iran devienne un Etat du seuil nucléaire, c’est-à-dire ayant la capacité de fabriquer des armes nucléaires en moins d’un an, est-il encore possible de le convaincre de ne pas produire d’armes nucléaires ?

Je pense que c’est encore possible. Pour ce faire, il est indispensable que les cinq puissances nucléaires ayant par ailleurs un droit de véto au Conseil de Sécurité de l’ONU se mettent d’accord pour adopter simultanément les mesures dissuasives et les encouragements nécessaires à convaincre l’Iran qu’il n’a aucun intérêt à se doter d’une telle arme.

Si l’Iran possédait l’arme nucléaire, pourrait-il l’utiliser ?

Je pense que cette arme est devenue inutilisable pour un Etat. Que ferait l’Iran avec une telle arme ? L’envoyer sur Jérusalem est absurde, car il s’agit d’un lieu saint pour l’Islam. Viser Tel-Aviv ou d’autres localités israéliennes serait tout aussi aberrant dans la mesure où une minorité palestinienne importante vit en Israël. Si bien même, les Iraniens attaquaient, Israël riposterait immédiatement et l’Iran serait en cendres. La question qui se pose aujourd’hui avec l’Iran est de savoir si le régime en place est rationnel. Selon le messianisme chiite, en créant le chaos, l’Iran pourrait accélérer le retour du Mahdi (l’imam caché). Cette vision ne semble pas prise au sérieux en Occident. Ce n’est pas le cas des Israéliens, des Turcs ou des Saoudiens qui s’interrogent sérieusement sur cette vision irrationnelle. Pour d’autres observateurs, si l’Iran se montre rationnel, il pourrait être dans son intérêt de provoquer un conflit au Moyen-Orient ! Cette guerre assurerait la cohésion nationale et mettrait fin à la contestation interne croissante. En somme, il s’agirait de la meilleure manière de consolider le régime des Mollahs. On serait donc face à ce paradoxe : que les Iraniens soient rationnels ou non, ils pourraient être enclins à provoquer la guerre.

Comment sortir de cette impasse ?

Une attaque militaire contre l’Iran serait contre-productive et les conséquences durablement désastreuses. Dans un tel cas, l’Iran aurait de bonnes raisons de se retirer du Traité de Non-prolifération et de se doter d’un arsenal nucléaire. Quelles sont alors les autres options ? La diplomatie et les sanctions. Celles adoptées par le Conseil de Sécurité ont été trop progressives. Les premières sanctions ciblées ont été adoptées en décembre 2006 et l’Iran a eu le temps de prendre des mesures pour y faire face. Depuis juin 2010 la Russie et la Chine s’opposent à toute nouvelle sanction du Conseil de Sécurité ce qui a conduit les Etats-Unis et l’Union européenne à prendre des mesures unilatérales. Côté diplomatique, des offres de coopération politique et économique (y compris dans le domaine nucléaire) ont été faites par les cinq puissances nucléaires et l’Allemagne. En 2010, ces offres ont même été annexées à une résolution de l’ONU. Les Iraniens n’ont pas marqué beaucoup d’intérêt pour ces propositions. Il faudrait les reprendre, les améliorer, les préciser et surtout faire beaucoup de publicité autour de celles-ci. Jusqu’à présent, les médias se sont trop focalisés sur les sanctions et ont fait l’impasse sur ce qu’on a offert de sérieux à l’Iran. Les négociations avec l’Iran vont reprendre à la mi-avril. Elles ne seront pas faciles. 

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