Les Juifs doivent « réinitialiser » leur vision d’Israël

Comme il l’explique dans le New York Times*, Stephen Robert**, en bon Juif américain, ne s’est jamais permis de critiquer les gouvernements israéliens. Jusqu’à aujourd’hui. Une réflexion que beaucoup se font en diaspora…

En tant que Juif américain né en 1940, j’ai répété à l’envi les mêmes arguments durant plus de six décennies : « Les Arabes ne manquent jamais une occasion de rater une occasion », « Le peuple palestinien n’existe pas » ou « La Judée-Samarie est indispensable à la sécurité d’Israël » et bien d’autres.

Je comprends les racines de ces réflexions : mon père a survécu par miracle aux pogromes des Cosaques. Et si les survivants de ma famille n’avaient pas fui aux Etats-Unis en 1922, ils auraient été assassinés par les nazis comme tous les autres Juifs de leur village d’Ukraine.

Pour des millions de familles juives dévastées par la Shoah, un Etat juif semblait alors l’ultime refuge après des siècles de persécution. Et voici : surgi des entrailles du cauchemar, Israël est né et a grandi pour devenir un Etat fort, prospère et démocratique.

Comment aurions-nous pu critiquer notre Etat naissant dont la survie ne tenait qu’à un fil ? Aujourd’hui toutefois, pouvons-nous encore nous contenter de réitérer ces vieilles formules ? N’est-il pas temps de « réinitialiser », de remettre à zéro les compteurs de notre pensée juive ?

Ne devons-nous pas y intégrer les modifications intervenues depuis 1948 et surtout depuis 1967 ? Ce qui a changé ? Israël n’est plus un Etat vulnérable entouré de dizaines de millions de voisins arabes hostiles. Il est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.

Aucune coalition militaire dirigée contre lui n’est concevable en ce moment. L’Egypte et la Syrie. sont empêtrées dans leursdifficultés internes. L’Irak est en reconstruction. La Jordanie a signé un traité de paix avec l’Etat juif. Bien sûr, il y a l’Iran.

Si ce pays devenait une puissance nucléaire, cela constituerait sans nul doute un péril. Mais surtout pour l’Irak et l’Arabie saoudite. Et je ne m’attends pas à ce que les grandes puissances permettent à l’Iran de produire des armes de ce type.

Reste un danger qui menace l’existence même de l’Etat juif. C’est le fait que 7 millions d’Israéliens occupent depuis 40 ans le territoire de 4 millions de Palestiniens. Ceux-ci sont pratiquement en prison.

Ils ne jouissent ni de la liberté de circulation ni de leurs droits civils ou politiques. Ils sont emprisonnés sans procès. Ils manquent d’accès à l’eau et d’emplois. Ce sont des citoyens de nulle part. Que Dieu vienne en aide à l’enfant qui nait en Palestine aujourd’hui.

Israël cessera d’être le paria des Nations

Nous ne pouvons plus, en tant que Juifs, admettre que l’Etat juif ignore sa propre Déclaration d’Indépendance tout comme les enseignements millénaires de nos Sages. Nous ne pouvons plus continuer à voir le monde comme si nous étions en 1938. Il est temps de chercher des solutions réalistes aux problèmes d’aujourd’hui. 

Les deux camps doivent reconnaître que la solution « à deux Etats » est dans leur intérêt commun. Et chacun devra accepter d’importantes concessions. Les Palestiniens devront renoncer à tout « droit au retour » en Israël.

Celui-ci devra revenir aux lignes d’avant juin 1967 (avec quelques échanges de terres). Un compromis devra être trouvé pour Jérusalem-Est. Oui, permettre un Etat palestinien présente des risques pour Israël. Mais ils pèsent moins que les avantages que les Israéliens en retireront.

D’abord, même en restituant la Cisjordanie, ils conserveront encore 78% de la Palestine d’avant 1948. Et la libération des Palestiniens sera également la leur. Ils seront libérés d’un poids financier, moral et humain terrible.

Cela mettra fin aux inquiétantes tendances anti-démocratiques qui existent aujourd’hui. Et Israël cessera aussi d’être le paria des Nations. Beaucoup diront que ceci est impossible à obtenir. Est-ce certain ? Les deux camps se sont déjà rapprochés par le passé.

Ils peuvent recommencer et, cette fois, réussir. Mais ce ne sera pas possible avec des politiciens coincés dans le passé. Ce dont Israël a besoin d’urgence, aujourd’hui, ce sont des dirigeants ayant la vision et le courage d’un Mandela ou d’un De Klerk.

*http://www.nytimes.com/2012/04/25/opinion/a-reset-in-jewish-thinking.html

**Stephen Robert, ex-banquier, Chancelier de l’Université Brown, dirige la fondation philanthropique « Source of Hope » (« Source d’espoir ») qui fournit de la nourriture, des soins, etc. aux populations des pays les plus défavorisés.

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