Comment se fait-il que les plus défavorisés votent si souvent pour des partis (en général de droite) qui défendent les nantis ? Eléments de réponse.
C’est une vraie question, cela : dans tous les pays du monde, il y a bien plus de pauvres que de riches. En bonne logique, la gauche, qui les défend, devrait donc l’emporter dans toutes les élections démocratiques.
Sauf qu’une bonne partie des classes populaires vote à droite, c’est-à-dire peu ou prou contre ses propres intérêts. Voyez aux Etats-Unis : en mars 2010, le Président Obama a instauré une réforme qui permettait à 32 millions d’Américains de bénéficier d’une mutuelle. 40% des plus défavorisés sont contre.
Regardez le premier tour de la présidentielle en France : 28% des ouvrier ont voté Le Pen (26% , Hollande et 10% seulement Mélenchon) alors qu’elle ne leur propose rien, sinon d’exclure les étrangers du droit au chômage ou aux allocations.
On assistera sans doute à des résultats du même genre lors des prochaines législatives en Israël. Comment cela se fait-il ? Après étude, des chercheurs américains * proposent deux explications principales -qui valent d’ailleurs pour le reste du monde.
La première serait que les pauvres ne se rendent pas toujours compte à quel point les riches le sont. Ainsi, les Américains sont-ils convaincus que les 20% les plus fortunés ne contrôlent que 59% de la richesse du pays alors qu’en fait, ils en détiennent 85%.
Chez nous, en 2009, une enquête européenne montrait qu’une majorité de gens estimaient qu’on est riche quand on gagne plus de 5.000 € net par mois. Le salaire des principaux patrons français tourne autour de 200.000 €….
Sans compter les « super riches » (Bernard Arnault : 21 milliards €). Ou l’homme le plus du monde, le mexicain Carlos Slim (74 milliards)…. Cette ignorance jointe à l’idée qu’ils vivent dans une société ouverte et juste (le fameux « rêve américain ») fait que les plus modestes estiment que toute redistribution est inutile,
Et, à l’inverse, ils soutiennent les mesures fiscales favorables aux plus fortunés dans l’espoir d’en profiter un jour eux-mêmes. La seconde réponse, qui en dit long sur l’âme humaine, est encore plus déprimante.
En effet, les pauvres craindraient qu’une politique sociale généreuse profite à ceux qui sont encore plus démunis qu’eux. Ce qui les ferait eux-mêmes dégringoler tout en bas de l’échelle sociale. Un fait que les chercheurs Ils ont réuni un groupe ont vérifié par plusieurs expériences dont celle-ci.
Une sécurité sociale « nationaux seulement »…
Ils ont placé un groupe en file indienne. Chacun devait donner un dollar soit à celui qui le précédait (présenté comme un peu plus riche que lui) soit à celui qui le suivait (un peu plus pauvre). Et que croyez vous qu’il arriva ?
Les avant-derniers préférèrent tous enrichir leur « supérieur » plutôt que de permettre à celui qui les suivait d’atteindre le même rang qu’eux. C’est ce que les chercheurs ont nommé « the last place aversion», le « dégout de la dernière place ».
Peu importe à quel point on est misérable s’il y a encore plus défavorisé que vous… A quoi s’ajoute souvent, là bas, comme ici, la crainte qu’une meilleure redistribution des richesses profite davantage aux minorités ethniques plutôt qu’aux natifs du pays.
Car le plus pouilleux des autochtones possède toujours, à ses propres yeux, cette incontestable supériorité de n’être pas un étranger. Ainsi peut s’expliquer le succès d’une Marine Le Pen ou des autres mouvements populistes d’Europe. Qui prônent une sécurité sociale « nationaux seulement » ?
Hé bé, si tout cela est exact, on n’est pas encore rendus, question changement. A moins que François Hollande…
*http://www.slate.fr/story/54315/pauvres-vote-interet-economique
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