« Bienvenue dans ce train à destination d’Auschwitz. Tous les Juifs sont priés de descendre à Buchenwald ». Voici ce qu’ont pu entendre dans les haut-parleurs les passagers du train reliant Namur à Bruxelles jeudi 3 mai 2012 en fin d’après-midi.
Ces propos antisémites ont été proférés par un passager inconnu à travers l’interphone de l’accompagnateur du train. Ce dernier a immédiatement réagi en condamnant ces faits et en s’excusant auprès des voyageurs au nom de la compagnie des chemins de fer (SNCB). L’auteur des faits est toujours recherché et une plainte a été déposée auprès du service de médiation de la SNCB.
Plaçons-nous donc un instant sur le terrain juridique. De quoi s’agit-il au regard de la loi belge ? « On se situe sur le terrain du négationnisme, c’est-à-dire la minimisation ou la banalisation grossière de la Shoah », répond Edouard Delruelle, directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. « Ce type d’acte négationniste est difficile à saisir d’un point de vue juridique, car il dépend essentiellement du contexte dans lequel il est commis et de l’intention de son auteur. Et l’interaction entre l’intention et le contexte déterminera le caractère délictueux ou non de l’acte. Cela signifie donc que si le parquet s’aperçoit qu’il s’agit d’une mauvaise blague de potache, il risque de conclure qu’il n’y avait pas intention de nuire, donc de minimiser la Shoah ».
Quels éléments doivent donc être réunis pour que les poursuites soient effectivement engagées ? « Il faut que cet acte ait été prémédité et que l’auteur souhaite clairement diffuser un message négationniste », insiste Edouard Delruelle. « S’il s’avère que l’auteur des faits appartient à un groupuscule d’extrême droite ou islamo-gauchiste, et qu’on découvre par ailleurs qu’il est actif sur internet, on peut considérer que l’intention de minimiser la Shoah se situe au cœur de cet acte ».
Quittons maintenant le terrain juridique et judiciaire, car cet acte antisémite illustre la perte de compréhension de ce qu’est la Shoah pour notre société. « Si on compare la situation actuelle avec celle qui prévalait dans les années ’80, on observe qu’Auschwitz est un référant qui n’est plus compris », regrette Edouard Delruelle. « Nous devons bien comprendre et faire comprendre aux jeunes générations que toute démocratie s’incarne dans une mémoire et une histoire. Dans le contexte européen et belge, Auschwitz est constitutif de la démocratie depuis 1945. Si pour certaines personnes, ce référant a perdu sa signification, on constate heureusement que pour une part importante de la population, il demeure essentiel. C’est ce qui explique les réactions d’indignation que l’incident antisémite du train Namur-Bruxelles a pu susciter auprès des voyageurs ».
]]>