L’ECRI contre M. Prasquier… et les autres

Triste époque que celle où il faut rappeler de telles évidences : « La lutte contre le racisme est essentielle à l’édification d’une société solide » ou « Les responsables politiques doivent résister à la tentation de céder aux peurs déplacées »… 

 

On croirait presque qu’elle l’a rédigé pour répondre aux propos de Richard Prasquier, le président du CRIF, au journal Haaretz*. En tout cas, le rapport annuel de la « Commission européenne contre le racisme et l’intolérance » (ECRI)** prend l’exact contrepied de ses positions.

En effet, la commission constate d’abord que, depuis une dizaine d’années, la tendance à considérer « les immigrés, demandeurs d’asile et membres de minorité, tels les Roms (…) comme un fardeau pour la société » augmente de façon inquiétante.

L’ECRI invite aussi les gouvernements « à renforcer la défense des droits de l’homme, au lieu d’utiliser la crise économique comme motif de réduction de leurs ressources », ajoutant que « résister au racisme est essentiel pour préserver l’avenir de l’Europe ».

L’ECRI explique ensuite que c’est une erreur de croire que la lutte contre la banalisation du discours xénophobe ne concerne que les seuls groupes vulnérables : « La lutte contre le racisme est essentielle à l’édification d’une société solide ».

Elle appelle donc les responsables politiques à « résister à la tentation de céder aux préjugés et aux peurs déplacées ». Autant pour les dirigeants juifs qui, comme M. Prasquier, s’inquiètent en priorité de l’antisionisme d’une partie de la gauche.

Et ne s’émeuvent qu’accessoirement des progrès de l’extrême droite au motif qu’elle s’en prend d’abord aux musulmans et non aux Juifs. Une absence de hauteur de vue qui étonne toujours de la part de gens ayant des prétentions à diriger des organisations communautaires.

Croient-ils vraiment que le racisme s’arrêtera poliment à la porte des Juifs si les partis extrémistes poursuivent leur ascension ? Ou se contentent-ils de gagner du temps en sacrifiant des non-Juifs alliés au Moloch xénophobe ? Dans les deux cas, voilà qui fait pitié.

Et honte : quand on est le peuple juif, qu’on vive à Paris, à Anvers ou ailleurs, on ne pactise pas avec ces gens-là, on ne les tolère pas, on ne les traite même pas avec indifférence. On les combat. Au nom de nos valeurs. Et, si l’on se veut réaliste, de nos intérêts bien compris.

Dans le même ordre d’idées, on notera aussi l’habilité stratégique du même R. Prasquier qui a cru devoir marquer sa préférence pour le Président Sarkozy quelques jours à peine avant la victoire de François Hollande.

Embêtant pour le dirigeant d’une institution supposée entretenir un dialogue suivi avec les autorités. Oh, certes, les socialistes ne lui claqueront pas la porte au nez, mais c’est le genre de prise de position -que nul ne lui demandait au demeurant- qui laisse des traces.

Lorsqu’on écrit sur certains dirigeants juifs, c’est toujours la même phrase qui vient à l’esprit en guise de conclusion : « L’homme sage, dit le Talmud, c’est celui qui prévoit les conséquences »…

*Voir : « La morale du Crif s’arrête aux portes du ghetto » (http://www.cclj.be/article/3/3099)**http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/activities/Annual_Reports/Rapport%20annuel%202011.pdf

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