Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de bientôt 6 ans, une blondinette de presque 3 ans.
Le ptit gars : « Moi, je t’aime jusqu’à l’espace ! »
En vacances dans un petit coin perdu de la France, le ptit gars s’est résolu à utiliser sa boussole. Il connait d’ailleurs déjà (presque) les quatre points cardinaux, mais souhaitait tout de même une petite confirmation : « Hein oui que de ce côté-ci (imaginez-le montrant une direction du doigt, ndlr),c’est le sud-ouest ? ». Non fière de cette judicieuse remarque, je regarde son père d’un sourire conquis. Le ptit gars, heureux lui aussi de son effet, répète et poursuit : « Là, c’est le sud-ouest, et là, c’est le Far West ! ». C’est d’une logique.
A ce moment précis, pourtant, revient l’éternelle question : « Mais où vont-ils chercher tout ça ? ». Ca vient bien de quelque part. On peut admettre aisément qu’à ce petit âge, beaucoup leur vient de nous, de leur entourage, de la crèche, de l’école. Du « Petit Nicolas », qui fait désormais partie de leurs « potes »…
Je m’interrogeais depuis quelque temps sur leur goût soudain et persistant pour le boudin blanc – pas très casher, il est vrai. Et j’ai découvert un peu par hasard que c’était un coup de ce gourmand d’Alceste qui va jusqu’à préférer offrir du boudin à sa mère plutôt que des fleurs !
Mais tout ce qui ne vient pas de nous et des autres, ça leur vient d’où ? Je ne sais toujours pas comment la blondinette, contrariée, a un jour lancé à son aîné : « Eh ben, si c’est comme ça, t’es plus mon frère ! ». Quelle cruauté ! A laquelle nous avons eu droit, nous aussi, dans la version parentale : « T’es plus ma Maman/mon Papa », selon le coupable de l’injustice.
Un petit peu interloqués tout de même, en proie à de courtes interrogations du genre « Ca commence si tôt ce genre de commentaires ? », « De qui ça vient ? »,« Peut-elle inventer ça toute seule ? », et sans en trouver la réponse, nous avons su prendre la distance. Le ptit gars, lui, blessé, s’est mis à pleurer. Et la morale n’a pas tardé : « On peut s’aimer très fort et on peut aussi se disputer, mais vous resterez toute la vie des frère et sœur, comme nous, on restera vos parents et vous resterez nos enfants ». Ca les amuse visiblement de se le répéter. Comme pour se rassurer.
J’ai moi-même mis un peu de temps à en prendre conscience. Le ptit gars devait avoir trois mois quand j’ai réalisé, un peu paniquée, qu’un enfant, c’était pour toute la vie. Et quand il se montre plus difficile aujourd’hui, je lui dis, au rythme d’une comptine, que cela ne change rien à ce que je ressens pour lui. Je le prends entre quatre yeux et lui affirme le plus calmement du monde : « Que tu sois adorable ou infernal, je t’aime de toute façon ». Faut prendre sur soi, c’est vrai, mais ça semble faire l’effet d’une formule magique. Comme s’il se rendait compte soudain qu’il n’est pas utile de se rendre intéressant pour nous intéresser. Comme si l’on retirait la bouilloire du feu, cela fait instantanément baisser la pression.
Hier soir, pour la première fois, il m’a avoué : « Tu sais, moi, je t’aime jusqu’à l’espace ! ». Puis, il a ajouté : « Et même si tu me fais des remarques, je t’aime de toute façon ».
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