B. Netanyahou en aurait-il assez d’être un politicien médiocre ?

Difficile de se souvenir de quand date la dernière fois. Mais voici que l’actuel gouvernement est sorti d’une crise par le haut. En même temps, il manifeste quelque bonne volonté dans le processus de paix. Réel changement ou nouvelle gesticulation ?

 

Lorsque plus d’un tiers des prisonniers palestiniens sont partis en grève de la faim *, il était à craindre que les dirigeants israéliens actuels réagissent selon leurs stratégies coutumières : déni et intransigeance. Au risque d’une crise majeure si un des grévistes venait à mourir.

Et bien, pas du tout. Le gouvernement  a examiné les exigences palestiniennes et admis qu’elles n’avaient rien d’exorbitant ni ne mettaient d’aucune façon en danger l’Etat. En fait, ce que réclamaient les prisonniers relevait de la simple humanité.

L’administration pénitentiaire a donc accepté les mesures demandées : mettre fin à l’isolement, autoriser les visites des familles venant de la bande de Gaza. Et surtout d’en finir avec la « détention administrative ».

Il était bien temps de mettre fin à cette législation indigne, héritée du manda britannique et qui permet de garder des « suspects » en prison pour six mois, indéfiniment renouvelables. Sans jugement ni condamnation.

Les 310 prisonniers soumis à cet arbitraire devraient donc être libérés à la fin de leur détention en cours « sauf nouvelles preuves contre eux ». En échange, les prisonniers s’engagent à « s’abstenir de soutien effectif au terrorisme » et à ne plus entamer de grèves de la faim.

Bref, un accord « gagnant-gagnant » : Israël améliore son image démocratique et les Palestiniens modérés démontrent la force de la résistance non-violente. Autre surprise : pour une fois, B. Netanyahou a privilégié les partisans du dialogue plutôt que le Hamas. 

Le porte-parole du Premier ministre a même déclaré qu’Israël a négocié « en réponse à la demande du président Mahmoud Abbas ». Et, on apprend, par ailleurs, qu’il s’apprête à remettre à l’Autorité palestinienne les dépouilles de « cents terroristes tués lors d’attaques »

Ce n’est pas encore la libération de 1000 prisonniers vivants accordée au Hamas en échange de Guilad Schalit mais c’est un petit quelque chose. Plus important : ce passage d’une lettre –censément confidentielle- du Premier Ministre au Président de l’AP,   

B. Netanyahou s’y serait engagé à établir un Etat palestinien démilitarisé à côte d’Israël dans le cadre d’une solution négociée. Cela avait déjà été affirmé à plusieurs reprises mais jamais encore par écrit dans un document officiel.

Serait-ce déjà un premier effet de la nouvelle majorité dont dispose à présent le Premier Ministre, ainsi délivré de son extrême-droite ?  On ne sait mais il y a assurément dans tout cela un ton nouveau. On aimerait y voir davantage qu’une une lueur d’espoir.

Las, on est encore si loin du compte…  Les négociations sont gelées depuis 18 mois, MM.. Netanyahou et Abbas ne se sont plus rencontrés depuis mars 2010  et leurs positions sont toujours à des lieues l’une de l’autre. 

Et surtout, sur le terrain,  la maladie  de l’occupation  s’aggrave.  Potentiellement mortelle pour le caractère juif d’Israël, sinon pour l’Etat lui-même, sanglante, anti-démocratique, et  vouée à l’échec, elle ne fait plus sens que pour les illuminés et les fanatiques israéliens

M. Netanyahou persistera-t-il à mener Israël vers cet abîme ? Ou aura-t-il la capacité de se hisser de son statut actuel de politicien médiocre à celui d’homme d’Etat ? Rien que poser cette question est déjà un infime signe d’espoir. Quant à la réponse, elle ne tardera pas…

* Lire à ce sujet : « Nouvelle catastrophe médiatique à l’horizon » (http://www.cclj.be/article/2/3145)

 

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