Plus le temps passe, plus la critique d’Israël se radicalise

Avec la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie et l’absence de perspective de paix entre Israéliens et Palestiniens, Israël perd progressivement un capital de sympathie qu’il avait pu constituer depuis sa création. Plus le temps passe, plus la critique d’Israël se radicalise.

L’icône du mouvement noir américain de la fin des années 60, Angela Davis, a reçu cette semaine les insignes de docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Cette université a également mis à l’honneur deux autres personnalités exceptionnelles : le cinéaste Costa Gavras, et Ela Bhatt, une juriste indienne, fondatrice de la Self-Employed Women’s Association (SEWA). Ce triple choix est audacieux de la part de l’ULB, car il souligne l’importance de l’engagement dans la vie et la carrière d’un professeur d’université, un artiste ou un juriste.

Lors d’une rencontre avec la presse, Angela Davis s’est exprimée à plusieurs reprises sur Israël et la situation en Palestine. Les mots et les expressions qu’elle utilise pour qualifier Israël sont très durs. Ce qui frappe surtout, ce sont les analogies qu’elle établit avec d’autres combats ayant marqué la conscience historique universelle : l’anticolonialisme, la lutte pour les droits civiques, la mobilisation contre l’apartheid en Afrique du Sud, etc.

Au lieu de sauter sur notre chaise en pestant qu’elle répète comme un perroquet des couplets entier d’une propagande grossière et qu’elle mène une campagne haineuse contre Israël, nous devons nous interroger un instant sur un phénomène inquiétant : de nombreuses personnalités ayant mené des combats essentiels en faveur de la liberté et de la justice en viennent à décrier Israël dès qu’ils en ont l’occasion.

Qu’il s’agisse d’Angela Davis ou de Stéphane Hessel, ils jouissent d’une immense popularité qu’ils méritent amplement. Faut-il vraiment qu’Israël se mette systématiquement ces gens à dos ? Ces consciences morales sont très écoutées et leur parole est entendue par les jeunes et les moins jeunes sans la moindre distance critique.

Il serait tellement plus commode de les compter parmi les amis d’Israël. Imaginons un instant qu’Angela Davis se décide à tresser des lauriers à Israël ! La cote de popularité d’Israël grimperait. Ce n’est pas le cas, mais on sait tous que la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël peut y contribuer. Si on aime Israël et qu’on estime que cet Etat revêt une importance capitale pour garantir l’avenir du peuple juif, on ne peut ignorer cette problématique.

Concernant Angela Davis, il est intéressant de noter que c’est au contact de Juifs qu’elle a commencé à militer en faveur de la cause palestinienne. « Ce sont précisément mes camarades juifs d’université qui m’ont sensibilisée à la question palestinienne », insiste-elle. Angela Davis a en effet étudié entre 1962 et 1965 à l’Université Brandeis, une université financée par la communauté juive. Depuis sa création en 1948, cette université -dont plus 80% des étudiants étaient juifs au début des années 60- s’est imposée comme un foyer de contestation politique et de militantisme de gauche. C’est par ailleurs dans cette université qu’Angela Davis fit la rencontre de son mentor, le philosophe Herbert Marcuse, qui dirigera plus tard sa thèse de doctorat.

La bataille de l’opinion publique mondiale n’est pas perdue définitivement pour Israël. La solution ne réside pas dans des campagnes de propagande maladroites qui ne peuvent convaincre que les plus ardents convaincus. Elle se joue aussi et surtout en Israël par des actes et des gestes politiques qui pourront montrer au monde entier que le sionisme n’est pas une entreprise d’oppression. Sans cela, on n’y arrivera jamais et on risque de se faire encore beaucoup d’ennemis. 

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