Et pourquoi pas des écoles musulmanes ?

L’information a été annoncée par notre confrère Le Soir* : la mosquée Al Amal envisage d’obtenir l’agrément de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour ouvrir des écoles musulmanes. Elle a suscité quelques réserves. Et pas seulement chez certains partisans de la laïcité.

Le projet de la mosquée Al Amal, située -ça ne s’invente pas- rue du Libre Examen à Anderlecht, est d’ouvrir trois écoles (maternelle, primaire et lycée) reconnues. C’est-à-dire dont les programmes sont acceptés, les diplômes reconnus et les enseignants payés par l’Etat.

Quel est le problème ? Ces établissements ne feraient que s’ajouter aux écoles catholiques, juives, protestantes ou non confessionnelles à pédagogie spécifique (Freinet, Montessori…) qui existent depuis belle lurette. 

Oui, mais c’est, eh bien… musulman. Une religion dont le moins qu’on puisse dire, est que les excès de ses intégristes suscitent peur et colère. Qui plus est, le nom d’Al Amal évoque  le récent « Questions à la Une » de la RTBF consacré à l’islam.**

C’est là qu’un imam tonnait avec haine contre la « Journée de la femme », invention juive… Certes, depuis l’homme a été réprimandé. Mais Al Amal cache peu ses sympathies pour un salafisme qu’on espère tempéré.

Pour rappel, le salafisme prône un islam « ultra-orthodoxe » pour lequel le Coran doit régir l’ensemble de la vie des fidèles. Et dont les préceptes doivent être appliqués à la lettre. Pas de quoi rassurer la majorité laïque de notre population.

Sauf que des écoles prônant une vision rétrograde de la religion existent aussi chez les catholiques… ou les Juifs (à Anvers, en tout cas). On peut certainement le déplorer mais, suivant le « Pacte scolaire » qui régit notre enseignement, elles sont légales. Si…

Si elles respectent les lois, les décrets et les valeurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française). C’est-à-dire, entre autres, l’égalité des sexes, la mixité et les programmes et ce, même s’ils sont en contradiction avec la religion.

On pense bien sûr à la théorie de l’évolution, contestée par les intégristes de tous poils au profit du « Créationnisme ». Et c’est au Ministère de l’Education à veiller au respect de ces  règles. Ce qu’il fait.

Ainsi, on se souvient peut être qu’en 2005, le ministère flamand de l’Enseignement avait privé de son agrément l’école juive de filles Bais Rachel*** d’Anvers qui refusait de donner des cours d’éducation sexuelle.

Au prétexte, affirmait la directrice, que « nos enfants n’ont pas de problèmes sexuels»… Le Ministère flamand avait alors bien agi et on ne voit pas pourquoi son exemple ne serait pas suivi à Bruxelles.

Des accommodements si peu raisonnables

On notera qu’il n’y a pas que les laïques suspicieux qui s’inquiètent de la création d’écoles privées musulmanes. Il y a aussi les partisans de ce qu’on appelle les « accommodements raisonnables ».

A leurs yeux, ce serait à l’école publique de s’adapter dans la mesure, expliquent-ils, où le réseau officiel bruxellois compte plus de 40% d’élèves musulmans. Moyennant quoi, celle-ci devrait, par exemple, tolérer le port du foulard.

Au risque sinon de voir fleurir dix, 100 écoles Al Amal, et les enfants musulmans s’y engouffrer en masse. Sauf que ces accommodements ne sont jamais assez « raisonnables » aux yeux des intégristes. Et qu’ils en réclament toujours davantage.

Car, si elle admet le foulard, ils exigeront que l’école publique renonce à la  natation, à certains cours, à la mixité en classe… Bref, pour complaire à une minorité, qu’elle abandonne des valeurs démocratiques chèrement conquises contre la religion ex-majoritaire.

Ce n’est pas le rôle de l’enseignement public de revenir sur des questions tranchées par la société voici déjà longtemps. Et il est douteux que les musulmans de la capitale eux-mêmes le désirent. Ils sont certes, comme tout le monde, attachés à leurs racines et à leur culture d’origine.

Ce n’est pas pour autant qu’ils sont tous pratiquants et encore moins bornés ou intégristes.  Ils sont bien davantage désireux de donner à leurs enfants toutes les chances qu’offre une éducation moderne et ouverte.

Certains, de fait, préfèreront envoyer leurs enfants dans ces écoles. Mais l’exemple de notre communauté est là pour montrer que ce n’est pas non plus une catastrophe. Il est possible à Bruxelles de suivre un « cursus juif » depuis la crèche jusqu’à la fin du lycée.

Et puis, après ? Nos jeunes y apprennent l’histoire, la culture, les fêtes juives, des éléments d’hébreu, etc. En plus du reste. Après quoi, ils passent dans l’enseignement supérieur et n’y réussissent en général pas si mal.  Pourquoi en irait-il autrement dans les écoles musulmanes ?

Elles aussi se heurteront au principe de réalité : on exigera d’elles qu’elles accroissent les chances de réussites des élèves. Et si elles entendent se limiter, par exemple, à faire apprendre le Coran par cœur, elles n’intéresseront pas grand monde. Et tomberont sous le coup de la loi.

*http://archives.lesoir.be/enseignement-pouvoir-organisateur-constitue-le_t-20120515-01Y306.html?queryand=%E9cole+musulmane+bruxelles+&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=0&all=265&nav=1

**http://www.dailymotion.com/video/xi1a0_islam-question-a-la-une-1-2_news

***http://www.brusselsjournal.com/node/215

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