Demain, le monde roulera-t-il israélien ?

C’est peut-être le début d’une de ces sagas capitalistes qui transforment le monde… et font la fortune de leurs fondateurs. Facebook genre, si vous voyez. Voici comment une société israélienne rêve de s’emparer du marché de la voiture électrique.

A la base, ce constat : sous peu, la voiture actuelle sera aussi périmée que le char à bœufs. Trop polluante, trop couteuse, fonctionnant avec un pétrole en voie d’épuisement. Une des solutions, c’est la voiture électrique.

Nouveau souci : comme l’œuf et la poule, l’industrie automobile se demande ce qui doit venir en premier : la voiture elle-même ou les infrastructures permettant de la recharger. Et de quelle façon. Et à quel prix. Celui qui trouvera la bonne réponse raflera le jackpot.

Ce pourrait bien être l’entrepreneur israélien Shaï Agassi (aucun rapport avec le joueur de tennis) et sa société « Better Place ». Son idée ? S’associer avec un constructeur de voitures et fournir les deux : le véhicule et de quoi le recharger.

Une façon de supprimer la réticence fondamentale des clients potentiels. La voiture électrique, c’est épatant, mais s’il faut s’arrêter tous les 150 km pour la recharger, ça craint. Résultat : en 2011, seules 40.000 voitures électriques ont été vendues. Dans le monde entier.

Agassi a donc cherché et trouvé un partenaire : rien moins que Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan. Celui-ci fournira une voiture spéciale pour Better Place. Laquelle, forte de ce premier succès, a rapidement levé 800 millions d’euros et foncé.

A l’arrivée, ça donne ça : le client achète la voiture (dans les 24.000 €) et, moyennant un abonnement de 220 € mensuels, Better Place fournit tout le reste : la batterie amovible échangeable dans des stations services et une borne pour la recharger gratuitement à domicile.

Cher ? C’est selon : le prix de la voiture est similaire à celui d’un véhicule classique. Quant à l’abonnement, il correspond au poste « essence » moyen. Sauf que le litre, qui est déjà à près de 2 € en Israël, ne cesse d’augmenter. Au total, l’économie annuelle serait de 20%, l’an…

Le pari est donc jouable. A condition de posséder un bon réseau de stations-services. Couteux (chacune revient à 1,5 million d’euros), mais psychologiquement incontournable. Les gens veulent pouvoir rouler loin et longtemps. Même s’ils ne le font jamais, ou presque.

Car, en Israël comme en Europe, le conducteur de base ne roule guère plus de 40 km par jour et souvent beaucoup moins.  N’empêche, Better Place a déjà lancé la construction de 50 stations et vise les 80 pour couvrir tout le pays.

Un monopole sur ce marché

Comme on le voit, Better Place joue gros et fort. Et elle n’a pas encore gagné. Nombre d’écologistes pincent le nez devant le concept même de voiture électrique. Certes, elle libère moins de polluants et est moins bruyante que sa consœur à essence.

Mais elle produit autant, sinon davantage de gaz à effet de serre. Car l’électricité est produite par des centrales elles-mêmes très polluantes… Pas de quoi déranger le gouvernement israélien qui a accepté avec empressement que le pays devienne un « marché pilote ».

Il a accordé d’importants allègements fiscaux aux acheteurs israéliens de véhicules électriques. Et, selon sa coutume (aujourd’hui largement contestée), il a même offert à Better Place un quasi monopole sur le marché.

Pour cela, il a suffi d’une loi interdisant de recharger une voiture sur le réseau électrique public. Et comme Better Place est la seule à proposer un service alternatif de recharge… D’évidence, le gouvernement est prêt à beaucoup pour sortir de sa dépendance au pétrole.

Fin juin de cette année, le réseau devrait donc commencer à être fonctionnel. En attendant, une centaine de voitures roulent déjà à l’électricité, surtout près de Jérusalem. 13.000 échanges de batteries ont déjà eu lieu.

Better Place espère en vendre de 3 à 4.000 la première année et 100.000 d’ici cinq ans. Le système sera aussi lancé de par la planète : au Danemark, aux Pays Bas, au Canada, mais aussi au Japon, en Chine et en Australie. Des pourparlers seraient en cours avec 25 autres pays.

Pas de quoi ébranler le marché des voitures classiques. Mais souvenons-nous : le CD, le GSM ont aussi commencé petits et puis… Sans même parler de Facebook. Mark Zuckerberg ou rien. Telle est sans nul doute la devise de Shaï Agassi.

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