Une violente manifestation anti-immigrés clandestins* vient de se dérouler à Tel-Aviv. Comment ne pas s’inquiéter du vent mauvais qui se lève sur Israël ?
A propos de la manifestation anti-immigrés qui a eu lieu ce 23 mai 2012 à Tel-Aviv, un journaliste de Galei Tsahal, la radio de l’armée, a parlé de « pogrome ». C’est quelque peu excessif : il n’y a eu ni viols ni meurtres.
Juste l’esprit : une foule surexcitée qui scande des slogans racistes avant de donner libre cours à sa rage. Selon la police, des manifestants « ont pillé des magasins tenus par des Africains et endommagé à coups de pierres des voitures transportant des immigrés ».
Ils n’ont pas été découragés par les députés du Likoud présents (qui manifestaient ainsi contre le gouvernement dirigé par leur parti). L’un d’eux a comparé les clandestins à « un cancer qui prolifère » . Un second a préconisé d’expulser les clandestins sans autre forme de procès.
Tous s’en sont pris à la gauche qui, comme nul ne l’ignore, dirige le pays d’une main de fer depuis dix ans. Quant aux forces de l’ordre, il n’y avait pas à craindre une trop grande sévérité de leur part.
Leur chef, le ministre de l’Intérieur Eli Yishai -par ailleurs vice-Premier Ministre et dirigeant du parti ultra-orthodoxe Shass- est particulièrement remonté contre ces 64.000 Noirs clandestins « qui viennent prendre le travail des Israéliens ».
Sans parler qu’ils menacent « le caractère juif de l’Etat d’Israël », car, si on ne fait rien, « ils seront bientôt un demi-million, voire un million ». Et ne lui parlez pas de la « barrière de sécurité » que fait bâtir le gouvernement dont il est membre.
« Même si elle fait 12 mètres de haut, il y aura des échelles de 13 mètres ». Trainées depuis le Sud-Soudan, probablement. Ceci dit, Eli Yishai a tout de même condamné la présence de députés à la manifestation.
Pas sur le principe, sur son utilité : « Une ferveur inutile, qui a déforcé notre combat ». Beaucoup plus efficace sera, estime-t-il, sa décision d’imposer de lourdes amendes aux maires qui emploieraient des clandestins.
Avec tout cela, il ne faut pas non plus tomber dans l’angélisme : comme partout où il se produit, un afflux de clandestins pose problème. Israël, pas plus que la France, ne peut, comme le disait Michel Rocard en 1989, « accueillir toute la misère du monde ».
Mais l’actuel gouvernement, par ses positions absurdes, ne contribue pas à améliorer les choses. D’une part, après les avoir contrôlés, il relâche ces clandestins dans la nature. De l’autre, il leur interdit de travailler et leur refuse toute aide.
Moyennant quoi, B. Netanyahou leur reproche de « menacer la sécurité nationale ». Mais, dans les conditions qu’il leur impose, comment ces gens peuvent-ils survivre sans tomber dans l’illégalité ?
Yohanna Daninos, le chef de la police israélienne, ne dit pas autre chose en affirmant que « le meilleur moyen de lutter contre la délinquance parmi les clandestins est de leur permettre de travailler ».
Ceci étant, si la question doit être réglée, ce devrait être, si possible en prenant aussi en compte la suite, beaucoup moins citée, de la phrase de Rocard : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde… Mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ».
Et certes pas en donnant libre cours à une détestable et choquante haine raciste. Bien sûr, on se rassurera en observant que les manifestants n’étaient qu’un millier. Qu’il ne s’agit que de 2 députés sur 120. D’un seul ministre sur 37.
Que le Premier ministre a condamné ces agissements. Que le président Shimon Peres a affirmé « la haine des étrangers en contradiction avec les fondements du judaïsme ». Que Shalom Archav veut poursuivre ces députés pour « incitation à la haine raciale ».
Et même que de (petites) contre-manifestations ont eu lieu. Mais qui ne voit qu’un vent mauvais se lève en Israël ? Que l’idéologie des extrêmes droites, ultra-religieuses et ultra-nationalistes, menace l’essence même du judaïsme ?
Comment aussi ne pas voir là un des symptômes de la « maladie de l’occupation », avec le complexe de supériorité, la tendance à la violence et le relâchement moral qu’elle entraîne inéluctablement ?
*A ce sujet : « L’autre sortie d’Egypte » (http://www.cclj.be/article/2/3168)
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