L’homme qui bavait à l’oreille des Allemands

En 2009, Thilo Sarrazin, alors membre du parti social-démocrate allemand, publiait un livre expliquant que tous les problèmes de son pays venaient des Turcs. Depuis, il a bien réfléchi et, en définitive, c’est de la faute des Juifs.

On ne devrait pas, mais on en est encore surpris : le racisme  se porte aussi à gauche. Prenez Thilo Sarrazin : longtemps, il a été une des voix les plus écoutées du Parti social-démocrate (SPD), allemand.

C’était aussi un économiste de renom, membre du directoire de la vénérable « Buba », la Bundesbank, la Banque centrale allemande. Et voici qu’en 2009, boum, il publie L’Allemagne court à sa perte.

Résumé du livre : les immigrés, musulmans et turcs en général, coûtent cher en allocations sociales et rapportent peu. Ils refusent de s’intégrer, se marient entre eux et ne parlent pas correctement allemand même à la 2e ou 3e génération.

Tout cela est favorable à « la bêtise qui rampe » : cela entraîne une « baisse continue du potentiel quantitatif en intelligences scientifiques et techniques ». Et ainsi de suite. Certes, après ces généralités racistes, l’indignation a été générale dans la classe politique et la presse.

Sarrazin a été expulsé du directoire de la Bundesbank. La chancelière Angela Merkel a jugé « absurdes » les arguments du livre : « l’intégration ne peut pas signifier une assimilation forcée ou la dénégation des origines culturelles ».

Une université berlinoise a mis en évidences des erreurs factuelles montrant que Sarrazin « a sacrifié la vérité scientifique à une fable politico-sociale ». A preuve, il y avait en réalité davantage de chômeurs venant d’Europe centrale et de l’Est que de Turquie.

Mais cette étude montrait aussi que deux fois plus d’Allemands d’origine turque que d’Allemands « de souche » vivaient des allocations sociales. Et 60% de la population a estimé que Sarrazin avait raison.

Son ouvrage a été le livre politique le plus vendu de ces dix dernières années (1, 9 million d’exemplaires).  Et, quelques mois plus tard, Angel Merkel a dénoncé « l’échec du modèle multiculturel » allemand.

Dans un premier temps, le SPD entendait exclure Sarrazin pour racisme. Il y a renoncé devant les bruyantes protestations de sa base. Pourtant, dans la foulée, Sarrazin avait déclenché une sous-polémique assez révélatrice.  

Chantage à la Shoah

Il avait, en effet, déclaré à une radio : « C’est un fait scientifique que les Juifs ont un gène particulier qui les distingue des autre (…) et les rend très performants ». Réaction furieuse de la principale organisation juive, le Comité central des Juifs d’Allemagne. 

Par contre, ici ou là, de bons esprits juifs, toujours pressés de copiner avec les ennemis des musulmans, y ont vu un hommage à l’intelligence de notre peuple. On attend avec curiosité leurs réactions au nouveau livre de Sarrazin.

Comme l’indique son titre, L’Europe n’a pas besoin de l’Euro, celui-ci traite de l’actuelle crise financière. Sarrazin y affirme, entre autres, que l’euro a moins apporté à l’Allemagne qu’il ne lui a coûté. Que celle-ci est trop faible, trop généreuse.

Et qu’elle doit quitter l’euro plutôt que d’accepter une « mutualisation » des dettes et autres « euro-bonds ». Pas question de financer les erreurs de ses partenaires « du Club Med » comme il dit. (Entendez : les pays du sud de l’Europe). Soit. C’est une opinion.

Par contre, l’explication qu’il donne de cette faiblesse de l’Allemagne est une insulte : Sarrazin prétend qu’elle est due à un « chantage à la Shoah ». De quoi ? Mais si, explique-t-il, Merkel et les autres dirigeants allemands sont poussés par un réflexe très allemand : « Nous ne pourrions finalement expier la Shoah et la Deuxième Guerre mondiale qu’une fois transférés en des mains européennes l’ensemble de nos intérêts et de notre argent ». Dit de façon plus claire, les soucis de l’Allemagne viennent des Juifs et de leur génocide.

Comme l’écologiste Jürgen Trittin qui a estimé « pathétique qu’il se serve de la Shoah pour assurer la plus grande attention possible à ses thèses sur les euro-obligations », de nombreuses condamnations ont suivi.

Comme pour son livre anti-musulmans. Celui-ci se vendra-t-il aussi bien que le précédent ? Et les politiques ? Finiront ils par réagir comme cet éditorialiste du très renommé Financial Times ?

Celui qui a remercié Sarrazin « d’avoir dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas », même s’il l’a fait dans un style « peu adapté aux goûts des lecteurs timides ». Il parle des Juifs, là, ou c’est encore notre fameuse paranoïa ?

* Aucun de ces deux livres n’a été traduit en français.

** A lire  aussi: « Sarrazin relance le débat sur l’intégration »  (http://www.cclj.be/article/3/1360)

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