Ce boycott qui nous éloigne de l’essentiel

Avec le boycott des universités israéliennes, les milieux anti-israéliens frappent fort. Cela fait mal, car ils s’attaquent non pas aux colons ni à ceux qui les soutiennent, mais bien à des centres d’excellence dont la réputation est mondiale. On peut même considérer que les universités israéliennes prolongent sous une forme sécularisée et laïcisée la primauté que le judaïsme et le peuple juif ont toujours accordée à l’étude et à la transmission des savoirs. Il n’est pas surprenant que des institutions aussi prestigieuses que le Technion de Haïfa ou l’Université hébraïque de Jérusalem aient été respectivement inaugurées en 1912 et 1925, bien avant la création de l’Etat d’Israël.

Depuis que les premières initiatives de boycott des universités israéliennes ont été lancées dès le début des années 2000, le CCLJ est intervenu à plusieurs reprises pour les dénoncer vigoureusement. Mais rien n’y fait et les promoteurs de ce boycott maintiennent la pression avec détermination. Et il serait naïf de croire que ce mouvement ne concerne que les universités européennes. Aux Etats-Unis, la U.S. Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (USACBI) ne cesse de multiplier les demandes de boycott sur les campus des universités américaines. A l’instar de l’Europe, ces campagnes ne se concrétisent pas et les autorités universitaires réussissent à rejeter ces initiatives aussi injustes que contre-productives.

Devons-nous pour autant pétitionner et publier un communiqué de presse à chaque fois qu’un groupe décide de lancer l’idée du boycott académique des universités israéliennes ? La question mérite d’être posée, car d’une manière insidieuse, nous risquons d’être entraînés dans une spirale infernale. Les tenants du boycott académique ont compris qu’ils peuvent nous faire jouer le rôle ingrat et antipathique du réactionnaire insensible à l’injustice que subissent les Palestiniens, mais aussi le rôle du censeur hostile à la liberté d’expression lorsque nous dénonçons publiquement la reconnaissance d’un cercle BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) par le conseil d’administration de l’Université libre de Bruxelles (ULB).

Ce cercle BDS est désormais reconnu. Cette situation n’a rien de réjouissant, mais il ne faut pas non plus dramatiser outre mesure : un cercle n’a jamais eu vocation à engager la parole de l’université sur une problématique et les autorités de l’ULB ont clairement et explicitement rappelé qu’elles entendent poursuivre les accords de coopération avec les universités et les centres de recherche israéliens avec lesquels l’ULB est liée. Dont acte. Et si à l’avenir le cercle BDS franchit la ligne rouge en portant atteinte aux valeurs de l’ULB, des sanctions pourront être prises.

La lutte contre ces campagnes de boycott gaspille notre énergie et nous éloigne de l’essentiel : la fin de l’occupation et la création d’un Etat palestinien. Nous savons que la poursuite de l’occupation, la construction de nouvelles colonies, la part belle faite au mouvement colon au sein du gouvernement ainsi que la bienveillance suspecte de ce dernier face aux violences racistes faites aux immigrés africains ne contribuent qu’à ternir davantage l’image d’un pays auquel nous sommes attachés. Cette image peu reluisante serait-elle devenue celle de la réalité israélienne ? Si tel était le cas, tous nos discours sur la vitalité démocratique de la société israélienne sonneraient creux. Si en revanche, il ne s’agit que d’un aspect parmi d’autres de la réalité israélienne, c’est aux autorités israéliennes à le prouver au monde entier.

Nous aimons Israël et nous savons que son existence apparaît comme une nécessité pour le peuple juif. Mais pour que nous puissions exprimer fièrement notre amour d’Israël, il ne faudrait pas que ses gouvernants nous placent devant un terrible conflit de loyauté entre notre attachement aux valeurs démocratiques et notre fidélité à Israël. Car il s’agit bien d’un choix qu’on ne peut nous soumettre. Israël se doit d’être juif et démocratique. C’est l’un et l’autre, et non pas l’un sans l’autre.  

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