Les Français de l’étranger ont déjà voté pour le 1er tour des législatives. Résultat dans la 8e circonscription, où les Français israéliens sont majoritaires : PS : 30,50%. UMP : 22,20%. Philippe Karsenty, qui se présentait, aussi est éliminé avec 14,4%.
C’était encore une de ces brillantes idées de Nicolas Sarkozy : faire voter les Français de l’étranger, supposés de droite, afin de récolter sans se fatiguer 11 sièges de députés, ce qui est toujours bon à prendre. Bien vu : la gauche est en tête dans 7 des circonscriptions.
Comme dans la 8e qui comprend l’Italie, Saint Marin, le Saint Siège, Malte, la Grèce, Chypre, la Turquie et Israël. Au total, 110.000 électeurs potentiels (dont 62.000 Israéliens) aux suffrages desquels se présentaient une dizaine de candidats.
Les principaux : Valérie Hoffenberg (UMP), Daphna Poznanski (PS),Gil Taïeb (indépendant) et donc Philippe Karsenty (centre droit). Ce dernier entendait, bien sûr, surfer sur l’immense popularité que lui avait value « le combat de sa vie ».
A savoir, son « décryptage » du reportage de Charles Enderlin sur la mort du petit Mohammed Al Dura. Et surtout l’exploitation qu’il en a faite par la suite : multiplication de procès, réels et d’intention et théories du complot à tous les étages.
En France, en Israël, partout, dirigeants, juges et journalistes n’ont cessé, selon lui, de vouloir l’empêcher de clamer sa vérité. Ce qui lui permet de se présenter comme un nouveau capitaine Dreyfus. Et un autre Emile Zola. En même temps.
Tous les ténors de la droite dure juive francophone se sont, bien entendu, ralliés avec enthousiasme à sa candidature. Ils ont mené grand tapage à base de sondages exclusifs réalisés sur un échantillon représentatif de leurs familles et amis
Lesquels présentaient tous l’élection comme pliée en faveur de leur candidat. Celui-ci a d’ailleurs multiplié les déclarations pour se faire apprécier politiquement. Quelques exemples ? « Si la Cisjordanie est occupée, c’est par des « squatteurs arabes ».
Logique : « Il n’existe pas de peuple palestinien ». Quant aux colons, ce sont « des pionniers qui font fleurir le désert ». Et ne parlons pas des Accords d’Oslo de 1992 qui « ont mis Israël à genoux face à ses ennemis ».
Voilà pour Israël. Quant à la France, aucun de ses dirigeants n’est digne de la représenter : Jacques Chirac était « un ami des dictateurs arabes qui « adorait les Juifs morts ». François Hollande ? Un ennemi d’Israël, allié à ce « nazillon » de Jean Luc Mélenchon.
Echec pour le nouveau capitaine Dreyfus
Quant à Nicolas Sarkozy, il est « détestable (…), incompétent, superficiel, inculte et ne comprend rien au Proche-Orient ». Moyennant quoi, Karsenty a, au demeurant, appelé à voter pour lui à la présidentielle…
« Seul candidat non inféodé à un parti », le futur député Karsenty s’engageait à défendre bec et ongles les intérêts d’Israël dans un Parlement français notoirement antisioniste (et donc antisémite). Lequel de ses adversaires pouvait promettre mieux ?
N’importe lequel aux yeux des électeurs, semble-t-il : lors du 1er tour de ce 3 juin 2012, ils ont préféré les candidat(e)s de ces très détestables grands partis français. Daphna Poznanski (PS) a ainsi obtenu 30,50% des voix, suivie par l’UMP Valérie Hoffenberg (22,20%).
Ph. Karsenty se traîne, lui, en 3e position avec 14,4% et est donc éliminé. Ce qui n’empêche pas la droite dure, avec sa conception très particulière des réalités, de considérer qu’il a tout de même gagné l’élection. N’est-il pas premier en Israël avec 30% des voix ?
Un pourcentage impressionnant. Un peu moins en chiffres. Il y a eu moins de 15.000 votants (soit 86,6% d’absentions). Dont 2.084 seulement ont voté pour le nouveau capitaine Dreyfus. Celui-ci semble avoir quelque peu négligé qu’il s’agissait d’élections françaises et non judéo-juives.
Et qu’avoir dix ans de paranoïa et d’insultes comme seule carte de visite était un peu court chez des gens désireux de voir leurs intérêts représentés au Parlement français et non ceux des ultranationalistes israéliens.
Pour être complet, il est juste de préciser que Philippe Karsenty a tout de même quasi doublé le nombre de ses voix par rapport à la dernière fois où il s’est présenté à une élection législative. C’était en 2002, dans les Hauts de Seine, et il avait récolté 1.118 suffrages.
Mais l’enseignement le plus intéressant de ce vote, c’est ce constat : en dépit du tapage qu’ils mènent sur Internet, malgré leurs campagnes de haine et d’excommunication, les excités de la droite juive francophone ne pèsent strictement rien d’un point de vue électoral.
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