Franck Médioni : « Le goût de l’humour juif »

Homme de radio, de musique et de lettres, Franck Médioni choisit de nous offrir un florilège d’humour juif. Ce condensé de beauté et d’histoire reflète sa spécificité. Un livre qu’il ne pouvait que dédier à sa « mère juive » !

Qu’est-ce qui fait la saveur de l’humour juif ? L’humour juif se nourrit de la vie, de ce à quoi on est confronté au quotidien. Son goût est multiple, pluriel et varié. Il amuse autant de gens, car il touche à l’universel. Les blagues sur les mères juives sont très appréciées, parce qu’il sommeille, en toute femme, une mère juive en puissance ! Cet humour parle du rapport à la famille, à l’argent, à l’altérité, à la mort ou à Dieu. Il est d’ailleurs imprégné de vie spirituelle, de Torah et de Talmud. Ainsi, il reflète le questionnement permanent face au néant ou au manque de réponse de Dieu. Cet humour représente une forme d’intelligence. Non seulement il ne se prend pas au sérieux, mais en plus il remet le réel en question, tout en l’interrogeant. J’y vois une aventure et une prise de risque. La force de cet humour : il se vit, s’invente, se crée dans la vie présente et participe au génie juif.

« L’humour juif, c’est aussi rire pour ne pas pleurer ». En quoi est-il salvateur ? C’est un rire de libération, mais son mystère nous échappe. Il constitue une arme pour ceux qui ont subi l’oppression. On le qualifie souvent de politesse du désespoir, or l’humour juif témoigne aussi d’un optimisme, d’une joie de vivre et d’un rapport au monde parfois amer. Il englobe l’identité juive dans sa spiritualité et dans ce qui fait sa complexité. Le rire peut être libérateur et protecteur, mais pas seulement. C’est également une source de vie face à l’histoire tragique

Pourquoi « porte-t-il la mémoire » ? Cet humour raconte l’histoiredu peuple juif en filigranes. Il suffit de quelques mots pour raviver un monde, que ce soit celui du Shtetl ou le soleil d’Alger. La tragédie de la Shoah et les pogroms sont évidemment sous-jacents. L’humour juif transmet la mémoire, mais aussi une forme de joie et d’optimisme malgré tout. Malgré le passé, la haine et l’antisémitisme. Ce que j’aime, c’est sa vérité, sa franchise, sa grande tendresse et sa belle humanité. Il pose la question de l’être… Rien ne lui échappe, ni nos travers, ni nos manies, ni nos fragilités, ni nos surprises, ni nos inquiétudes, ni même Dieu. Sa singularité étant qu’il joue la carte de la complexité et de l’ouverture. C’est un vrai mouvement d’esprit.

Comment ce « regard juif porté sur le monde » se traduit-il ? Il n’est pas évident à décrire, mais je dirais qu’il présente une certaine forme de lucidité, « un regard autre », un prisme différent sur le réel. Cette façon d’aborder les choses se veut un mélange de détachement, de désenchantement et d’enjouement malgré tout. Il ne cesse d’ailleurs de nourrir la littérature et le cinéma. Au-delà des blagues, ce livre tient à partager pleinement la singularité du monde juif. Je la conçois comme une intelligence en mouvement avec ses fulgurances, ses étonnements et ses trouvailles. Ce qui m’a plus le surpris ? La puissance de l’autodérision à l’égard de soi et de Dieu. Ça en dit beaucoup sur le pétillement de l’esprit. Il y a certes de la noirceur dans l’humour juif, mais il est dépourvu de ressentiment et de désespoir, parce que c’est la force de vie qui le sauve.

Synopsis

Elie Wiesel écrit que « Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires ». Avec l’humour juif, il est servi ! Mais que comprend-il exactement ? Un cocktail puissant « d’intelligence désenchantée, de grands éclats de rire et de force de vie ». Producteur et animateur radio, Franck Médioni nous en offre un échantillon dans la collection « Le goût de… ». Ou comment l’humour juif se transmet oralement au fil des âges et des brassages. L’identité juive s’y reflète dans la puissance d’un héritage qui oscille sans cesse entre le rire et les larmes. Mais c’est surtout la vie qui palpite entre ces pages. La singularité se mêle à l’universalité pour aborder la famille, l’amour, la religion, la mort, l’argent, les goys ou les antisémites. Telle est sa liberté.     

Franck Médioni, Le goût de l’humour juif, éd. Mercure de France 

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