Dzigan: chez le psychiatre

Nous poursuivons notre série* consacrée aux merveilleux humoristes yiddish  Dzigan et Schumacher. En images, ce qui est rarissime**… mais, hélas, sans Schumacher puisque ce sketch date de 1977 et qu’il est mort en 1961. Tout aussi déplorable : nous n’avons pu trouver les noms des deux acteurs qui jouent avec Dzigan. Si un internaute érudit pouvait….

Acteur: Nu, est-ce une si bonne affaire que de mourir?

Dzigan: Une affaire morte!

Act: Une personne avec un poste si honorable et une si belle habitation qui déménage dans un trou si sombre!

Dzi: Et quel poste, et quelle habitation, une personne aussi réputée que lui!

Act: Et il était couvert d’honneurs. C’était pourtant un rien de rien, un rien du tout.

Dzi: Et il s’est tellement élevé.

Act:Il savait comment se lier avec les plus grands.

Dzi: C’est pour cela qu’on l’aimait tellement.

Act:Il savait comment écarter les plus petits.

Dzi: On le craignait comme de la mort.

Act:Il leur a fait les pires ennuis.

Dzi: Il leur a sucé la moelle des os.

Act:Mais à part cela, c’était une personne très convenable.

Dzi:Il est difficile de trouver un directeur comme lui!

Act:Un mensch! Lorsqu’il allait en rue, on voyait que c’était un directeur qui marchait.

Dzi: Et comme il avait facile à trouver des finances.

Act:Et comme on lui apportait facilement de l’argent!

Dzi:Et comme il avait difficile à rendre cet argent!

Acton l’injuriait avec des mots amers.

Dzi:Mais à part cela, c’était un homme bien.

Act:Une personne en or.

Dzi:Plus précieux encore que de l’or.

Act:Et un morceau d’or pareil, on le met en terre… Qu’avez-vous?

Dzi:Je ne sais pas.

Act: Allez voir un psychiatre.

——

Dzi: Vous êtes le psychiatre?
Psy:Oui. Vous en avez un beau petit chien.
Dzi:Vous êtes fou? Ca, un chien? C’est une galoche.
Psy:Je vois que vous auriez dû venir chez moi depuis longtemps!
Dzi:Je vais vous dire la vérité. Je n’aurais jamais eu l’idée de venir chez un psychiatre, mais, comme on dit,  quand on est saoul, on se met au lit!
Psy:Asseyez-vous.
Dzi:La semaine dernière je suis allé chez un docteur de femmes, je veux dire une femme, mais elle était docteur. Elle m’a dit d’aller voir un psychiatre, mais, avant elle, j’avais été chez un autre docteur.
Psy:Qu’a dit l’autre docteur? Il a trouvé quelque chose?
Dzi:Non, rien de rien, une lourde grippe. Elle n’était pas tellement lourde, je ne l’ai pas pesée. Il m’a aussi dit d’aller voir un psychiatre, alors je suis venu ici.
Psy:Vous avez raconté votre histoire à la doctoresse ?
Dzi:Qu’est-ce que j’avais à lui raconter? Est-ce que je suis malade? Je lui ai seulement dit que j’aime manger des tomates avec des harengs. Vous entendez, pour des tomates et du hareng, je donnerais la moitié du monde! Je mangerais des tomates et du hareng jour et nuit.
Il n’existe pas pour moi de plus grand plaisir que lorsqu’on prend un bon hareng mariné, qu’on lui enlève la peau, et qu’on le découpe en gros morceaux. Ensuite, on prend une tomate bien rouge qu’on coupe en deux moitiés et on ajoute du poivre. Rien que d’en parler, l’eau me vient à la bouche. Vous savez, parfois au milieu de la nuit je rêve de ces tomates rouges, juteuses, il y a de quoi devenir fou, vous entendez.
Psy:C’est cela que vous avez raconté à la doctoresse?
Dzi: Oui, oui.
Psy:Elle vous a ausculté? Elle a trouvé quelque chose?
Dzi:Et comment ausculté! Elle m’a demandé de me déshabiller comme lorsque ma mère m’a eu. Vous savez, elle a cherché longtemps, elle a bien cherché.
Psy:Et?
Dzi:Et si elle n’a rien trouvé, vous, vous espérez trouver quelque chose?
Psy:Ecoutez, cher monsieur, vous devez savoir que toutes les pensées, tous les actes d’une personne sont dictées par deux instincts: a) l’instinct de cruauté, b) les instincts sexuels. Tout est enfoui dans les pensées, dans le système nerveux et tourne autour de ces deux instincts. Vous comprenez?
Dzi: Non! Dites-moi, je vous prie, quel rapport ont mes tomates et mes harengs avec vos instincts?
Psy:Venez ici, levez-vous, asseyez-vous, levez-vous, asseyez-vous, approchez. Donc vous dites que vous aimez des tomates avec des harengs.
Dzi:Oui, je les adore.
Psy:Dites-moi je vous prie, lorsque vous étiez âgé de cinq, six ans, aviez-vous une relation avec une petite fille blonde?
Dzi:Est-ce que je m’en souviens?… Qu’est-ce que je pouvais bien avoir à faire avec des filles blondes?
Psy:C’est moi qui vous le demande!
Dzi:Pourquoi me posez-vous des questions idiotes?
Psy:Car le rouge et le vert sont deux couleurs très proches l’une de l’autre!
Dzi:Ah bon? Admettons !
Psy:D’après la psychanalyse, la pensée de chaque personne a un rapport avec ses années d’enfance et, plus tard, elles ressortent sous différentes formes. Les tomates rouges vous font penser à une délicieuse jeune fille blonde.
Chaque fois que vous prenez une tomate en main, vous pensez à cette délicieuse jeune fille. Vous la regardez et l’eau vous vient à la bouche, vous la dévorez des yeux, vous la mangeriez toute vivante, et c’est cela que j’observe.
Dzi:Je ne comprends pas. Lorsqu’on aime une jeune fille blonde, on la découpe en deux morceaux, on la poivre et on l’avale plusieurs fois par jour?
Psy:C’est ce que je vois dans votre subconscient avec les tomates et je le compare à la jeune fille blonde.
Dzi:Excusez-moi, je fais cela avec quoi?
Psy:Avec le subconscient.
Dzi:Avec le sub…Qu’est ce que c’est ?
Psy:C’est l’esprit qui vient de derrière.
Dzi:Ah, maintenant je comprends! Bien sûr, lorsque quelqu’un avale une tomate, et qu’il se dit que c’est une jeune fille blonde, c’est quelqu’un dont l’esprit vient de derrière. ! Et qui a découvert cela?
Psy:C’est mon collègue, le professeur Freud, qui l’a dit.
Dzi:Bon, j’ai entendu ce que vous aviez à dire au sujet des tomates. A présent j’aimerais savoir ce que vous avez à dire au sujet des harengs.
Psy:Vous êtes un assassin, un assassin et un sadique. Vous voulez vous venger des gens, vous voulez leur enlever la peau, vous voulez les découper en morceaux avec un couteau de cuisine, les piquer avec des fourchettes, les mordre avec vos dents.
Dzi: C’est cela que je veux faire avec les gens? Mais pourquoi?
Psy:Par vengeance, par vengeance, par colère.
Dzi:Je veux donc sortir toute ma colère envers des harengs?
Psy:Oui, car vous êtes un sadique.
Dzi:Non, je ne suis pas un sadique, je suis un tailleur de pantalons, et je ne veux me venger de personne.
Psy:Vous voulez bien vous venger, mais vous ne le savez pas vous-même.
Dzi:Si moi, je ne le sais pas, d’où le savez-vous alors ?
Psy:C’est le professeur Freud qui le sait, c’est lui qui l’a découvert chez vous!
Dzi:Quand est-ce que j’ai été en visite chez lui? Asseyez-vous! Vous êtes le premier psychiatre chez qui j’ai été, vous êtes le premier docteur qui a dit que je suis malade de tomates et de harengs. Je ne comprends pas. Si quelqu’un aime le borsht et les pommes de terres, c’est aussi une maladie? Dites-moi!
Psy:Oui, oui c’est une maladie. Je vais vous convaincre que c’est une maladie. Asseyez-vous! Asseyez-vous! De quoi avez-vous rêvé cette nuit?
Dzi:Cette nuit j’ai rêvé de Yankel Fuchs. J’ai rêvé qu’il me remboursait une dette de cent livres.
Psy:Assez! Par votre rêve, on voit que vous êtes amoureux de ce Yankel Fuchs.
Dzi:Oy, catastrophe!
Psy:Vous êtes un sadique, je vais sortir les instincts sadiques de votre tête.
Dzi:Mon Dieu, les instincts de ma tête!
Psy:Avec moi, vous ne penserez plus à des jeunes filles blondes. Avec moi, vous ne rêverez plus de Yankel Fuchs. Que faites-vous des nuits entières avec Yankel Fuchs et ses centaines de livres? Vous devriez avoir honte.
Dzi:Mon Dieu, que m’arrive-t-il! Je vous promets qu’à partir d’aujourd’hui, je ne prendrai plus le moindre morceau d’hareng dans ma bouche. Et lorsque je verrai une tomate, je traverserai de l’autre côté de la rue. Mon Dieu, que m’arrive-t-il !
Psy:Assez, levez-vous, levez-vous!
Dzi:Que dois-je faire?
Psy:Mettez votre main dans votre poche, mettez votre main dans votre poche, sortez deux cents livres et donnez-les-moi. Vite! Qu’est-ce que cela?
Dzi: Une tomate.
Psy:Que cherchez-vous encore?
Dzi:Je cherche un hareng.
Psy:Où sont mes deux cents livres?
Dzi:Pour deux cents livres, je peux manger des tomates et du hareng pendant une semaine entière! Vous entendez cette histoire? Allez voir un psychiatre!

——-

Act: Il n’y a pas de justice en ce monde.

Dzi: Dieu a donné et Dieu a repris!

Act: Lorsqu’un avare meurt, il n’a de toute manière pas vécu. Mais lui, il a tout de même bien vécu! Toute sa vie, il a eu une action communautaire.

Dzi: Qui va payer ce qu’il a eu? Toutes ces sommes qui sont passées par ses mains…

Act: C’était l’honnêteté en personne…Qui est-ce qui le contrôlait?

Dzi: Qui aurait osé le contrôler?

Act: Tout ce qu’il disait, on le croyait.

Dzi: On était bien obligé de le croire!

Act.: Qui s’est construit une nouvelle villa luxueuse?

Dzi:Lui, tu as vu sa villa, tu as vu ses choses.

Act:Il avait un œil, il savait ce qui était beau.

Dzi:Il avait du plaisir et du gout pour acheter.

Act:Il avait une main généreuse.

Dzi:Une main dépensière.

Act:Une main légère.

Dzi:Une longue main.

Act:Une tête.

Dzi: Des épaules.

Act:Il avait la tête sur les épaules….. Où est votre parapluie?

Dzi:On me l’a volé!

* Tous les 1er  et 3èmelundis du mois. N° 1 :  http://www.cclj.be/article/1/3211    

** Si pour le son, on a tout ce qu’on veut, impossible de trouver un bout de film sur les deux compères en spectacle. Quelqu’un de plus futé que nous aurait-il  un lien ?

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