Paméla Geller : il faut la prendre comme elle hait

La devise de cette célèbre bloggeuse juive des Etats-Unis ? Les ennemis de l’islam sont mes amis. Même s’ils sont d’extrême droite. Ou chrétiens intégristes. Ou même proches des nazis. Quelqu’un qui n’aime pas les musulmans ne peut pas être tout à fait mauvais.

L’affaire a fait un peu de bruit dans la communauté juive américaine : la « Fédération juive du Grand Los Angeles » a refusé que la bloggeuse Paméla Geller donne une conférence dans ses locaux. Raison : son blog  est sur la liste des sites qui « encouragent à la haine ».

Pamela Geller, on la connait un peu en Europe : c’est elle qui, en mai 2010, s’était engagée à grands cris contre un  « problème de sécurité nationale » : la construction d’une « méga-mosquée » sur le site de « Ground Zero ».

Ce n’était pas une mosquée, mais un centre culturel islamique. Il n’était pas prévu sur les ruines du WTC, mais à 400 mètres de là. Pas de quoi arrêter Mme Geller qui avait trouvé le créneau pour devenir célèbre.

Et ne s’est pas arrêtée en si bon chemin : demain, si on ne réagit pas, la charia sera imposée à l’Amérique. C’est expliqué sur le site de l’organisation « Stop Islamization Of America » (SIOA) qu’elle a fondée avec Robert Spencer, l’auteur du concept de « contre djihad » : « Les musulmans sont partout. A Washington, ils ont infiltré les plus hautes sphères du pouvoir grâce à l’appui du KGB russe, des Talibans et des Frères musulmans. ( …) Ce qu’ils cherchent, c’est à réduire l’Amérique en esclavage ». 

De fait, il faut le reconnaître, l’expansion musulmane aux Etats-Unis est préoccupante : alors qu’ils n’étaient que 0,3% de la population en 1990, ils atteignaient déjà les 0,6%, en 2010, soit tout de même 2,6 millions sur à peine 313 millions d’Américains .

Un danger imminent encore accru par l’actuel président musulman, Hussein Obama. Lequel, selon P. Geller, est un enfant non reconnu de Malcolm X, un des leaders de « l’aile dure » des Noirs dans les années 60. Et converti à l’islam…

Pas clair, cet Obama. Déjà, ce voyage qu’il a fait au Pakistan dans les années 80 : « A l’époque, il n’y avait que deux raisons pour aller là-bas« , explique P. Geller : « la drogue ou le djihad. Je crois qu’il y est allé pour la première et qu’il en  est revenu avec la seconde ».

La guerre des dindes

Etonnez-vous après cela qu’Obama soit « un tiers-mondiste et un lâche qui n’obéit qu’à ses maîtres islamiques ». Comme on le voit, Mme Geller n’est pas ennemie des phrases chocs, sinon exactes. D’autres exemples ? « Hitler et les nazis étaient inspirés par l’esprit du djihad ».

Ou sa défense des soldats US pris à vider leurs vessies sur des cadavres de Talibans : « Aurait-on réagi de même si des Marines avaient uriné sur des soldats nazis morts pendant la Seconde Guerre mondiale ? ». La réponse coule de source.

Ou son vigoureux appel à boycotter les dindes d’une grande marque, car elles participaient au djihad : abattues de façon halal, elles portent atteinte à la liberté fondamentale de choisir comment les volailles doivent être tuées. Sans parler que cela lui coupe l’appétit.

Dans un autre domaine, Mme Geller est comme de juste ultra-sioniste quoiqu’elle trouve le Premier ministre Netanyahou un peu mou du genou : « Israël devrait raser les mosquées du Mont du Temple de  Jérusalem ». 

Et, si déjà, « lâcher une bombe atomique sur La Mecque, Médine et Téhéran ». A priori donc, c’est une de ces distrayantes cinglées dont l’Amérique a le secret. Sauf que pas du tout : Pamela Geller est, si l’on ose dire, une étoile jaune dans la nébuleuse de l’extrême droite.

Ses positions légèrement à droite de Gengis Khan l’ont amenée à copiner avec Sarah Palin, Newt Gingrich, Glenn Beck, tout le gratin du Tea Party, l’aile dure du parti Républicain. Eux lui pardonnent d’être juive et elle leur passe quelques petites manies.

Comme celle de Rush Limbaugh qui va répétant qu’on fatigue avec la Shoah et qu’après 70 ans, il est temps de tourner la page. Ou sa meilleure amie et autre bloggeuse célèbre, Ann Coulter, pour qui il faut obliger tous les Américains à se convertir au christianisme et « mettre le judaïsme à la poubelle ».

Mais Pamela Geller retient qu’Ann veut « envahir les pays arabes, tuer leurs leaders… et les convertir à la foi chrétienne ». Qui est ennemi des musulmans est son ami. Et cela vaut aussi pour l’Europe.

Elle apprécie fort l’extrême droite danoise qui a créé  « Stop the Islamization Of Europe » (SIOE), un équivalent de son propre SIOA. Elle regarde avec approbation le « Bloc identitaire » français, « l’English Defence League » ou le Vlaamse Belang belge. Et tant pis si ces mouvements ont des liens étroits avec les néo-nazis.

SIOA + SIOE = SION

Mais son chéri de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est le parlementaire néerlandais Geert Wilders, « l’homme idéal » selon elle. Un peu vexant pour un de ses autres amis, Philippe Karsenty, engagé, lui, dans son propre combat conspirationnistes contre Charles Enderlin.

Elle avait aussi un vrai copain en Norvège, avec qui elle correspondait et qui l’admirait, elle et Robert Spencer, l’autre fondateur de SIOA au point de les citer à nombre de reprises dans son « testament politique ».

Il s’agit d’Anders Breivik qui a tué 77 personnes en application de leurs théories. Il paraît qu’ils sont en froid depuis. Mais en dehors de cette bricole, les affaires de Pamela Geller vont bien.

Elle vient de fusionner son SIOA avec le SIOE pour donner le jour à « Stop the Islamization Of the Nations ». Non ? Si. Oui, oui, cela donne bien « SION ». Tout ce qui nous manquait, tiens…

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