Joseph Cedar capte l’esprit israélien

Footnote, le dernier film de Joseph Cedar est à l’affiche en Belgique. A l’occasion de sa présentation à Bruxelles, nous avons rencontré le réalisateur qui contribue au succès du cinéma israélien sur la scène internationale.

En abordant des questions comme la confrontation entre un père et son fils et les rivalités entre professeurs d’université, Footnote est-il votre film le plus universel ?

Certains aspects de Footnote correspondent à des situations auxquelles tout le monde peut s’identifier. Mais ce film est particulièrement ancré dans un terreau israélien : Jérusalem, une ville où j’ai vécu et étudié. Le scénario de Footnote repose sur le conflit d’idées. Et à travers toute son histoire, Jérusalem est l’enjeu de guerres dont les fondements sont aussi des idées ou des concepts. Il s’agit donc d’une histoire de Jérusalem, pas seulement du point de vue géographique, mais à travers les réactions que cette ville suscite chez les gens. Jérusalem les pousse à débattre, à polémiquer, ou à se disputer pour des détails aussi infimes que des notes de bas de page d’un article scientifique.

Ces notes de bas de page sont essentielles pour les chercheurs. Pensez-vous, comme on le dit souvent, que le diable est dans les détails ?

C’est très curieux, car en hébreu, on dit « Dieu est dans les détails ». Le sens est donc différent : quand on étudie les détails, on se rapproche de la réalité et de l’essence même des choses. Dans leurs travaux consacrés au Talmud, les chercheurs passent le plus clair de leur temps à analyser des détails. Or, en tant que cinéaste, je suis tiraillé entre l’attention que je porte aux détails et l’ensemble du film que je souhaite proposer au public.

Vos films portent sur des aspects de la réalité israélienne. Avez-vous délibérément fait le choix de montrer Israël ?

Non. Si je parle des colons, des soldats israéliens ou des universitaires spécialisés dans le Talmud, c’est parce que ce sont des univers dans lesquels j’ai vécu. Mes films se rapportent plus à des expériences personnelles qu’à des problématiques auxquelles serait confrontée la société israélienne.

L’action de vos deux premiers films se situe dans les colonies juives de Cisjordanie. Quel regard portez-vous sur les colons ?

Je sais que la situation dans les territoires occupés est critiquable. Beaucoup de colons se rattachent à une idéologie radicale, mais en parlant avec eux, on s’aperçoit que certains veulent agir conformément à ce qu’ils considèrent comme juste. Ils peuvent se tromper complètement, mais ils pensent agir en conformité avec la justice et la vérité. Personne n’a le monopole de la vérité. Dans mon dernier film Footnote, le père du héros est tellement pris par sa quête de vérité qu’il devient incapable de faire le moindre compromis. Et s’il existe bel et bien un obstacle sur le chemin de la paix, c’est la vérité ! Israéliens et Palestiniens prétendent détenir la vérité. Mais dans le contexte du conflit, ils deviennent prisonniers de cette vérité qui les empêche de faire le moindre compromis. Personne n’aime les compromis, mais on oublie souvent qu’ils sont nécessaires pour vivre en harmonie.

Bio express

Joseph Cedar est né à New York en 1968. A l’âge de 6 ans, sa famille s’installe à Jérusalem où il étudie dans une Yeshiva. Après son service militaire dans les parachutistes, il entreprend des études de philosophie et d’histoire du théâtre de l’Université hébraïque de Jérusalem. Joseph Cedar retourne ensuite aux Etats-Unis, où il poursuit des études de cinéma à l’Université de New York. De retour en Israël, il travaille sur le scénario de son premier film, Ha Hesder (2000), pour lequel il a vécu pendant deux ans dans une colonie de Cisjordanie. L’action de son deuxième film, Medourat Ha Shevet (2004), se situe aussi dans une colonie, où une adolescente est violée par des garçons de son mouvement de jeunesse. C’est avec Beaufort (2007) que Joseph Cedar connaît la consécration internationale. Ce film retrace les dernières semaines d’une unité israélienne en poste au Sud-Liban avant le retrait définitif de Tsahal en mai 2000. Conçu à partir de son expérience de soldat, Beaufort a obtenu l’Ours d’argent au Festival de Berlin. Joseph Cedar écrit aujourd’hui le scénario de son prochain film qu’il tournera
aux Etats-Unis.  

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