C’est ce 28 juin 2012 que s’est déroulée à Haïfa pour la première fois -et, on l’espère, la dernière- l’élection d’une survivante du génocide subi par les Juifs.
Elire une « Miss Survivante de la Shoah » ? Comment qualifier cette idée d’un mauvais goût absolu ? Malsaine, grotesque, insultante ? Déjà que le principe même de ces foires aux bestiaux pour ruminantes siliconées est peu ragoûtant.
Que dire alors de ce projet de choisir la plus jolie des survivantes des camps nazis ? Bien sûr, comme toujours dans ce genre de concours, les organisateurs assurent que les candidates, qui ont entre 79 et 97 ans et qui défileront en tenue de soirée, ne seront pas jugées sur leur seule beauté.
Entreront aussi en compte leurs souffrances pendant la guerre et leurs actions communautaires par la suite. Le processus de sélection a dû être intéressant : « Oui, elle a passé deux ans à Majdanek, mais elle n’a jamais été membre actif de la WIZO*. Eliminée ».
Pas de quoi enthousiasmer les représentants de plusieurs organisations de survivants qui ont trouvé l’idée « peu appropriée, voire offensante ». Ni l’ex-députée Colette Avital, présidente d’un groupe d’aide aux survivants :« Je trouve cela macabre. Un concours de beauté ne va donner plus de sens à leur vie ».
Ou cette fille d’un rescapé qui s’interroge : « Pourquoi faire un concours de beauté pour montrer que ces personnes ont survécu et qu’elles sont courageuses ? Je trouve ça horrible ». De fait. Jusqu’où peut-on instrumentaliser le génocide subi par les Juifs ?
N’est-on pas là dans le « Shoah–spectacle », ce que les antisémites appellent le « Shoah business » ? Peut-on s’attendre bientôt à une télé-réalité sur le même thème ? Avec l’éliminé de la semaine envoyé symboliquement dans une chambre à gaz ?
Mais quel pauvre type a bien pu avoir l’idée de se faire de la publicité -et de l’argent- avec ce concept révoltant ? C’est là que cette histoire prend une tournure inattendue. Shimon Sabag, l’organisateur de cette chose, est un homme de bien.
En 2001, cet habitant de Haïfa a fondé avec son frère Baruch, l’association « Yad Ezer LeHaver » (« Un coup de main à un ami »). Elle compte à présent plusieurs centaines de bénévoles qui viennent en aide aux survivants de la Shoah, mais pas seulement.
Yad Ezer LeHaver tente de son mieux de soulager les souffrances des nécessiteux ou des SDF, quelle que soient leur religion, leur nationalité ou leur couleur de peau. Elle a ainsi ouvert deux « Restos du cœur » qui reçoivent chaque jour plus de 500 personnes.
Elle distribue autant de sandwiches à des enfants trop pauvres pour se nourrir à l’école, fournit des produits de base (pain, pommes de terre…) à plus d’un millier de familles, ainsi que des vêtements ou des meubles de première nécessité.
Par ailleurs, elle a ouvert deux centres d’accueil pour sans-abris. Elle rénove un immeuble pour loger une centaine de survivants de la Shoah (sa liste d’attente compte 1.800 noms). En un mot, Shimon Sabag lutte avec toute son énergie contre tous les méfaits de l’ultra-libéralisme actuel.
S’il a organisé ce concours de Miss, c’est afin de recueillir des fonds et donner davantage de visibilité aux souffrances de ces malheureux qui n’ont survécu aux camps que pour se retrouver abandonnés par le gouvernement de l’Etat juif.
Cette initiative n’en reste pas moins détestable, insoutenable. Du moins ne s’inscrit-elle pas dans un contexte bassement mercantile. Elle relève plutôt d’un manque d’empathie ou d’une certaine ignorance de son auteur. Cela valait la peine d’être relevé.
* WIZO : Women’s International Zionist Organization
Pour ceux qui voudraient voir le sujet qu’a consacré RTL-infos à ce concours, c’est ici : http://www.rtl.be/info/monde/international/889542/video-election-de-miss-survivante-de-l-holocauste-en-israel
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