Yitzhak Shamir, Premier ministre de l’Etat d’Israël dans les années 80, est décédé le 30 juin dernier à l’âge de 96 ans. Avec le décès de ce fidèle jusqu’au bout au dogme du Grand Israël, la droite nationaliste israélienne perd une de ses dernières figures historiques.
Durant toute sa vie politique, Yitzhak Shamir n’a jamais aimé le compromis. Cela n’a jamais fait partie de sa culture politique, encore moins de sa vision du monde. Jusqu’à ce qu’il quitte la vie politique israélienne, ce petit homme sec à la moustache très fine s’est opposé à toutes formes de concessions territoriales israéliennes au profit des Palestiniens, aussi bien en Cisjordanie, que dans la bande de Gaza où à Jérusalem-Est.
Comme s’il avait suivi à la lettre le propos de Yehoshouha Zettler, responsable du Groupe Stern à Jérusalem dans les années 40 : « Dans cette guerre [contre les Arabes], il n’y avait pas le choix : c’était eux ou nous ». Et pour la gagner, Shamir a systématiquement fait le choix de la manière forte. Et le terrorisme a fait partie des armes qu’il a utilisées.
Né Shlomo Yzrnitsky en 1915 en Pologne orientale dans la bourgade de Ruzinoy, Shamir grandit dans une famille juive politisée… à gauche ! Son père, tanneur et militant du Bund (parti socialiste juif), a participé à la révolution russe de 1905. Cela n’empêche pas Yitzhak Shamir de s’engager à 15 ans dans les rangs du Betar, le mouvement de jeunesse de la droite sioniste fondé par Zeev Jabotinsky.
En 1935, Shamir quitte la Pologne pour la Palestine grâce à un certificat d’entrée au titre d’étudiant à l’Université hébraïque de Jérusalem.
Comment expliquer le radicalisme politique de Shamir ? Car cet homme se range à chaque fois du côté de l’intransigeance. En 1940, il rejoint le Groupe Stern, cette formation qui organisera la lutte armée contre les milices arabes et contre les Britanniques, alors que ces derniers se battent contre l’Allemagne nazie.
Plus tard, lorsqu’il passera du terrorisme à la carrière politique, il deviendra une espèce de « Monsieur non » à la moindre concession envers les Arabes et les Palestiniens. En 1991, ce n’est que contraint et forcé par les Américains qu’il se rend à la Conférence de Madrid pour négocier la paix au Proche-Orient. Il y va, mais en ne dissimulant pas sa volonté de leur faire perdre leur temps à tous.
Alors pourquoi cette intransigeance ? Comme de nombreux camarades de combat, Shamir appartient à une génération de Juifs marquée personnellement par la Shoah. Ses parents et ses sœurs ont été gazés à Treblinka. S’il n’avait pas quitté la Pologne en 1935, il aurait connu le même sort. Un historien britannique a écrit un commentaire très juste pour expliquer le parcours de ces militants de la droite nationaliste israélienne la plus dure : « Le règne d’Hitler n’a pas suscité chez eux la douceur, l’amour et le sens de la tolérance. Il leur a fait pousser des dents de dragon. Parmi ceux qui réchappèrent à la Shoah, une génération a grandi à l’exemple d’Abraham Stern, guidée par la haine et la soif de revanche ».
Yitzhak Shamir n’a jamais trahi ses idéaux. Atteint de la maladie d’Alzheimer, il n’a pas pu saisir les nombreuses transformations de la société israélienne qu’il n’aurait pas comprises ni acceptées.
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