Dans une interview de janvier 2011, Stéphane Hessel a comparé les occupations allemandes et israéliennes suscitant de nombreuses réactions indignées. Afin que chacun puisse se faire son opinion, voici les principaux éléments du dossier.
Voici plus d’un an, Stéphane Hessel, déclarait au Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Aujourd’hui nous pouvons constater ceci : la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture.
Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d’art.
Tout cela était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait nous rendait à nous, résistants, le travail si difficile ».
Ce texte lui a valu des réponses cinglantes, entre autres, de l’essayiste Jacques Tarnero* et du président de l’Union des Etudiants Juifs de France, Jonathan Hayoun**. Lesquelles ont suscité en retour ce texte*** de l’auteur de Indignez-vous :
St. Hessel : « On me reproche ces derniers temps des propos tenus il y a de cela un an et demi; où il était question de mon expérience de déporté dans plusieurs camps allemands, et par la suite de mon retour en France.
Le moment où j’évoque, en parlant de la politique d’occupation allemande, la politique du gouvernement israélien, a été le déclencheur de cette incompréhension, et je le regrette. Ce que je voulais dire, c’est que l’occupant allemand était bien entendu nuisible à nos compatriotes.
Mais qu’il n’y avait pas chez eux la volonté de les empêcher de se rendre au théâtre, de circuler, ou d’aller à l’université. C’est pour cela que j’ai voulu comparer ce qu’était l’occupation allemande -qui n’est pas le nazisme dans sa globalité- et la politique d’occupation israélienne en Palestine.
Dans ces territoires occupés, les Palestiniens sont dans une constante mise à l’épreuve par la présence israélienne. Je pense en particulier au cas de Gaza : jamais l’occupation allemande n’a entouré le territoire français de tels obstacles.
Je n’exonère pas un seul instant l’Allemagne nazie des crimes qu’elle a commis, je trouve simplement intéressant d’observer que lorsque la France était occupée, dans un grand nombre d’occasions, les Français étaient libres de leurs mouvements.
Une politique d’occupation « sociocidaire ».
(…) Mes amis considèrent parfois que je suis injuste avec Israël, et je sais bien que toute comparaison est toujours dangereuse, et risquée. Il serait faux de croire que je suis un pourfendeur de la réalité de l’Etat d’Israël.
Je dis simplement que le gouvernement israélien actuel ne représente qu’une façon de gouverner. Il suffit d’être allé là-bas pour constater que cette politique d’occupation est « sociocidaire ».
Par « sociocide », je veux dire que cette politique empêche tout bonnement la société palestinienne de respirer. Pour répondre à Jonathan Hayoun, je dirais qu’il est allé au bout de sa pensée.
Je souhaiterais l’interrompre au moment où il parle de ma comparaison entre les deux politiques d’occupation, qui sont deux manières de vivre bien différentes. Je ne fais aucun parallèle entre l’horreur du nazisme et l’attitude illégale d’un Etat.
De là à parler d’un « point d’Archimède » par lequel je « renverse[rais] les valeurs » et ferais ce parallèle, il faut aller très loin.
Je reconnais là une réaction, qu’on ne rencontre pas que chez les Juifs, selon laquelle toute critique du gouvernement israélien est considérée comme étant de l’antisémitisme. Si l’on ne peut pas critiquer Israël, alors on ne pourra plus rien dire pour stigmatiser cette occupation.
Je voudrais dire que si je critique la politique de cet Etat, c’est parce que je suis un partisan des Nations Unies. Le fascisme, le nazisme et la Shoah ont été ce sur quoi l’on s’est appuyé dans les préambules de ma Charte des Nations Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en référence à ces libertés trahies.
Oui, le nazisme est « l’icône du mal universel », à laquelle on se réfère quand on pense par exemple aux génocides arménien ou rwandais. Les expressions que j’ai employées étaient peut-être rapides, vite écrites, et vite lues.
Mais Jonathan Hayoun s’est trompé, et je lui pardonne volontiers. S’il veut me faire passer pour un négationniste, il aura bien du mal à le faire croire à mes amis.
*http://www.huffingtonpost.fr/jacques-tarnero/stephane-hessel-indignez-vous_b_1643715.html
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