B. Netanyahou, roi fainéant d’Israël ?

Ses admirateurs le surnomment « le Roi Bibi » et ils ont raison : grâce à son écrasante majorité, Benjamin Netanyahou a le pouvoir de faire à peu près tout ce qu’il veut. Sauf qu’il ne veut rien.

Avec une coalition regroupant 94 députés sur les 120 de la Knesset, le Premier ministre actuel pourrait modifier en profondeur la situation de l’Etat d’Israël. Mais tel un roi fainéant mérovingien, il est fatigué d’avance par l’idée d’utiliser son pouvoir.

A l’intérieur, il pourrait agir vite et fort sur  la crise sociale, le service militaire pour tous, la réforme du système électoral, la séparation de la synagogue et l’Etat, tous ces problèmes qui minent Israël depuis des décennies. Mais, hormis des discours lénifiants, qu’a-t-il fait ?

Tout comme à l’extérieur où il laisse s’accumuler le nombre et la puissance des ennemis d’Israël sans songer à conserver ou renforcer ses alliances.  Même dans le seul domaine qui l’intéresse vraiment, la colonisation de la Cisjordanie, il hésite à aller de l’avant.

Ainsi, en janvier de cette année, a-t-il mis en place un Comité chargé d’étudier la légalité juridique des colonies, « légales » ou « sauvages ». Aux yeux de la loi israélienne s’entend. Pour le reste du monde, elles sont toutes illégales.

Histoire sans doute d’éviter de perdre du temps en débats oiseux, il  n’a nommé dans ce comité, que d’ex-juges tout aussi à droite que lui. Lesquels ont donc rendu, début juillet, des conclusions allant en tous points dans son sens.

La notion de « territoires palestiniens occupés » expliquent-ils n’a pas de valeur puisqu’Israël les a pris en 1967  à la Jordanie qui n’avait aucun droit dessus. Les conventions de Genève sur les territoires sous occupation n’y ont donc pas cours.

Notamment celle qui interdit à l’occupant d’y installer sa population. Conclusion : « il n’y a pas d’occupation israélienne en Cisjordanie. Dès lors, le gouvernement doit légaliser toutes les colonies qui s’y trouvent, et toutes celles qui seront créées ».

Difficile d’être plus clair. Fort donc d’un tel appui juridique, B. Netanyahou n’avait  plus qu’à demander au Parlement une loi en ce sens. Sauf que non. A présent qu’il a obtenu ce qu’il voulait, il traine les pieds.   

Tout en « considérant avec sérieux » ce rapport, il doit consulter le Procureur Général… En discuter en comité ministériel… Puis on verra… Comme souvent, le Premier ministre ne veut pas se fatiguer à froisser quiconque, ni dans sa coalition ni à l’extérieur. 

Aux partisans de la colonisation, il jette le juteux os du rapport des juges et l’encommissionne en même temps afin de montrer à Washington qu’il n’entend pas l’appliquer. Le genre d’habile tactique qui aboutit en général à mécontenter tout le monde….

Par contre, le président Shimon Peres, qui sait prendre position, lui, a lancé un avertissement clair : « il faut bien réfléchir aux changements démographiques que créent des colonies israéliennes installées dans des territoires à forte densité arabe ».

Une vision stratégique allant jusqu’à la fin de la semaine prochaine

Il a même ajouté : « Il est douteux qu’un Etat juif sans une majorité juive puisse rester juif ». Tant d’insolence a fort courroucé Danny Dayan, le chef du « Conseil des implantations » de Cisjordanie.

« Les Juifs sont majoritaires à l’ouest du Jourdain (en Israël et en Cisjordanie, NDLR) et cette majorité n’a pas été remise en cause au fil des ans » a-t-il rétorqué, sans trop se préoccuper de cette broutille qu’est le principe de réalité.

Car, d’ores et déjà,  la majorité juive de 82% du vrai Israël tombe à 60%  si, come il le fait,  on y inclut les territoires occupés. Et elle passera inéluctablement  sous les 50% d’ici moins de vingt ans dans ce dernier cas de figure.

Mais qu’importe à D. Dayan : « ce qui maintient un Etat juif, c’est le lien avec la tradition et l’histoire juives qui ne peut être établi que si nous sommes installés à Hébron, Beit El ou Shilo ».

Difficile de croire en écoutant ces discours qu’il fut un temps où les dirigeants juifs -de gauche, il est vrai-, vivaient dans le monde réel et prenaient en compte les rapports de force. Où ils acceptaient un Etat n’incluant qu’une bande côtière allant de Tel-Aviv au Liban et la Galilée (Plan Peel 1937).

Ou qui, dix ans plus tard, se contentaient du Plan de Partage de l’ONU qui leur donnait trois morceaux non-adjacents de la Palestine, sans Jérusalem. Alors que de nos jours, la vision stratégique des colons ne tient compte de rien et s’étend au mieux jusqu’à la fin de la semaine prochaine.

Il est vrai qu’à ce moment là, le Messie devrait être arrivé, ce qui règlera, ipso facto, tous les petits soucis du peuple juif. Dans ces conditions,  Benjamin Netanyahou n’a-t-il pas toutes les raisons de ne surtout rien faire ?

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