Ainsi, il est mort. Il est mort, Moshé Silman, des blessures qu’il s’est infligées ce 14 juillet. Il s’est inondé d’essence et a craqué une allumette. Brûlures au troisième degré sur 95% du corps. Et donc, le 20 juillet 2012, il est mort. Il avait 57 ans.
C’était qui, Moshé Silman ? Personne de spécial : juste un Juif, un Israélien. Un raté aussi, un vaincu de la vie. Un casse-pieds dépressif, semble-t-il. Un homme qui prenait trop les choses à cœur, non ? Comme vous ou moi, si nous rations un tournant de trop, peut-être ?
Car, comme vous et moi, il s’est battu de son mieux pour sa chose, Moshé Silman. Lui, c’était une petite société de transports. Quatre camions tout de même. Et puis, une sombre affaire de dettes impayées à son assurance. Véhicules saisis. Clé sous la porte.
Reconversion : Moshé Silman fait le taxi. Gagne trop peu pour rembourser. Economies sous séquestre. Licence de chauffeur retirée. Sans emploi. Accident cérébral. Pas d’aides au logement (priorité aux familles avec enfants).
Perd son procès contre sa compagnie d’assurances. « Plainte sans fondement » a estimé le tribunal. Il continue à se battre, à se plaindre. S’adresse à qui il peut : amis, organisations humanitaires, ministères, ministres. En vain.
Dernière chance : les médias, la télévision. Une loterie : le gagnant passe dans un JT, les gens s’émeuvent, le gouvernement, soucieux de son image, règle en vitesse l’affaire. Nouvel échec : pas assez emblématique, le cas Moshé Silman, juste un futur SDF parmi d’autres.
Des comme ça, on en trouve à tous les coins de rue, de nos jours. Précisément, il y descend, dans la rue. Participe aux manifestations des « Indignés » de Tel-Aviv. Ceux de l’an passé, de retour après avoir réalisé que les promesses du Premier ministre n’avaient qu’un très lointain rapport avec ses actions.
Moshé Silman avait d’ailleurs écrit une lettre à Benjamin Netanyahou. « Le gouvernement prend aux pauvres pour donner aux riches », y clamait-il. Autour de lui, les manifestants avaient applaudi. Puis, ils l’on vu se déverser un liquide sur la tête.
Le temps qu’ils réalisent que ce n’était pas de l’eau, Moshé Silman brûlait. Tous les médias étaient là, à présent, à évoquer son drame dans les moindres détails. Le porte-parole du gouvernement a lu un communiqué officiel à base de « drame affreux… incompréhension… tristesse… ».
Comme dit le mélancolique proverbe polonais « Bien qu’entourés d’amis sincères, le lièvre fut dévoré par les chiens ». Mais peut-être est-il content là haut de savoir qu’il a lancé une mode, Moshé Silman. Après lui, cinq autres personnes ont tenté de s’immoler en une semaine.
Le dernier en date, c’était hier, dimanche, à Yehud, une petite ville au sud-est de Tel Aviv. Celui-là, c’était un ancien de Tsahal. La cinquantaine, en fauteuil roulant. Il a mis le feu à ses vêtements près d’un arrêt de bus.
Des passants se sont jetés sur lui pour étouffer les flammes. Brûlé à 80%. Il est en vie. Pour l’instant. On attend le communiqué officiel. Il viendra peut-être du Ministère de la Défense devant lequel, selon la presse, le vétéran aurait manifesté à plusieurs reprises.
La veille, samedi 21 juillet, 2.000 personnes étaient dans les rues de Tel-Aviv, à scander : « Nous sommes tous des Moshe Silman ! » et à exiger que les gens « disposent du nécessaire pour vivre décemment et avoir un toit ».
Et tout ceci se passait en Israël, l’Etat du peuple juif, dans la 3e année du deuxième gouvernement de Benjamin Netanyahou.
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