Un sketch en pleine actualité avec, comme toujours, la version originale dans la partie « En savoir plus », à droite de l’article.
Alors, Juifs, quelles nouvelles de vos vacances, vous partez quelque part ? Moi, je ne pars pas, des gens comme moi ne partent pas en vacances ! Dites-moi ce que je pourrais bien faire en vacances ? Me reposer de mon travail ?
De quel travail pourrais-je bien me reposer, je suis fonctionnaire ! Toute l’année, je ne mets pas la main dans l’eau froide, alors, qu’irais-je faire en vacances à part devenir fou à ne rien faire ?
Je ne joue pas aux cartes, car les cartes, c’est fait pour ceux qui ont la tête légère et la poche pleine. Chez moi c’est tout le contraire, j’ai la poche vide et la tête pleine ! Que pourrais-je encore faire, en vacances ?
Dormir pendant la journée, bon d’accord, mais si je dors pendant la journée, qui est-ce qui pourra bien dormir pendant la nuit ? Que faire encore, parler avec des gens ? Je ne suis pas un grand parleur, ça fait trente ans que je suis marié et ma femme m’en a fait perdre l’habitude!
Parler, mais de quoi parlerais-je avec les gens ? De politique ? Ce n’est pas bon pour les nerfs ! D’amour ? Je ne pars tout de même pas seul, j’emmène ma femme avec moi. Je souhaite à tous mes ennemis de partir en vacances avec leurs femmes et de parler d’amour avec d’autres.
Il ne me manquerait plus que ça ! Même si je partais seul, croyez-vous que je pourrais parler d’amour ? Va parler d’amour alors que j’ai même oublié comment ça se mange. De quoi peut-on encore parler en vacances ?
De culture, je ne veux pas m’en approcher, car je me suis déjà brûlé avec ce sujet. Dans une discussion, j’ai une fois lancé un mot à propos de Shakespeare et jusqu’aujourd’hui, je m’en mords encore les doigts!
J’ai dit que Shakespeare habitait à quelques maisons, en face de chez moi. Je me serais bouffé tout cru! Qui aurait pu savoir qu’il avait déjà déménagé depuis longtemps! Depuis lors, quand j’entends parler de culture, je m’enfuis là où pousse le poivre.
Que peut-on encore faire en vacances ? Lire des livres, vous pensez que je n’ai rien d’autre à faire ? Etre à l’hôtel, pension complète, payer soixante livres par jour et perdre un temps si précieux à lire des livres !
Est-ce que les livres me rendront plus intelligent ? Est-ce que les écrivains vont m’apprendre à avoir de l’esprit, si eux-mêmes n’en ont pas ? Car si les écrivains étaient intelligents, ils se trouveraient un meilleur gagne-pain que celui d’écrire des livres.
Donc, comme je ne joue pas aux cartes, ne parle pas avec des gens, ne fais pas de sieste, déteste la culture et ne lis pas de livres,que pourrait faire un type comme moi en vacances ? Il ne me reste donc que le soleil, la plage et la mer.
Bon, mais qu’y faire si je suis allergique à ces trois choses ? Qu’il y a-t-il à faire sur une plage. Regarder les jeunes femmes en maillot? Quel plaisir pourrais-je avoir à les regarder si ma femme passe son temps à m’observer ?
Qu’est-ce qu’elles ont à montrer, leurs genoux, elles feraient mieux d’aller se les laver. Quel plaisir, je vous le demande, aurais-je à être assis à la plage ? Que le soleil me cuise et que ma femme m’incendie ?
Il me reste donc la mer. Pourquoi faire, pour se baigner ? Moi je n’emploie pas la mer, j’ai assez avec une douche. Nager, je ne suis pas fanatique, je ne me souviens même plus quand j’ai trempé mon pied pour la dernière fois dans l’eau froide.
Je ne vais pas me gêner de vous le dire, mais quand on me regarde, on peut admirer l’athlète, j’ai une cage thoracique qui est plus une cage que thoracique, mais lorsque je vois la mer, je tremble, j’ai peur de prendre le risque.
On sait toujours quand on entre dans l’eau, mais, pour ce qui est de savoir quand on en ressort, ça, c’est autre chose! C’est pour ça que je me suis fait le serment que je n’entrerai dans l’eau que lorsque j’aurai appris à nager.
Même si l’eau ne m’arrive qu’aux genoux, je ne prendrai pas le risque. Que faire si soudain une vague me tombait dessus et m’emportait ? Je boirais la tasse, comment alors appeler à l’aide ?
Des étrangers viendraient me sauver et je devrais les en remercier ma vie durant. Qu’est-ce que j’ai besoin d’entrer dans la mer pour me noyer, autant monter sur un toit pour m’en jeter !
C’est pour ça que je ne veux pas aller en vacances: est-ce que j’ai besoin de me raccourcir la vie ? Il m’est arrivé un grand malheur il y a trente ans de cela : je me suis marié. Avec mes propres mains, je me suis jeté une femme à la tête !
Que toute l’année, je n’entende pas un seul mot gentil, ça ne fait rien, c’est pour ça qu’elle est une épouse. Mais, soudain, je l’entends m’appeler : « mon chéri, couronne de ma tête, ma unique consolation, mon petit Moishe, quel autre appui ai-je en dehors de toi ? »
Lorsque j’entends un tel élan d’amour et d’affection, les larmes me montent aux yeux, car je sens que les vacances approchent. Je ne lui réponds même pas, je lui demande de me montrer la liste de ses achats.
Elle sort son inventaire : quelques robes légères pour sortir le matin, quelques robes plus habillées pour entrer à midi, quelques robes cocktails pour sortir le soir, quelques paires de chaussures assorties aux robes, quelques sacs assortis aux chaussures, un maillot pour se baigner, un bikini pour se montrer.
Après avoir lu l’inventaire, j’ai allumé la lumière et j’ai vu un voile noir s’abattre devant mes yeux. Silencieux comme une souris, je suis entré dans la chambre à coucher, je me suis glissé dans mon lit.
Là, j’ai perdu connaissance et, pendant trois, quatre heures, j’ai dormi comme un prince. Lorsque j’ai ouvert les yeux, qu’est-ce que je vois ? Elle est devant le miroir et passe un maillot de bain.
Lorsque j’ai vu qu’elle essayait absolument de glisser ses 90 kilos de viande dans un demi mêtre de tissu, j’ai laissé échapper un tel soupir qu’il aurait pu réveiller un mort. Une autre femme qui voit son mari pousser un tel soupir, dit au moins un mot , la mienne, rien !
Alors, j’ai encore lâché un soupir et elle m’a dit : « Tu vois la chance que j’ai ? Deux heures que je suis devant le miroir et mes pieds sont gonflés d’avoir dû rester debout si longtemps. En plus, ils refusent absolument de rentrer dans mes nouvelles chaussures.
Et pendant que je souffre, mon bon à rien d’époux est couché au lit comme un pacha ! Sors au moins du lit et regarde si je n’ai pas dépensé inutilement l’argent. C’est tout de même ton salaire qui y est passé, dis au moins un mot.
Dis-moi que je suis affreuse à regarder ! Dis-moi que j’ai l’air de dix grosses vieilles dans ma robe de cocktail ! Dis-moi le pire, mais dis quelque chose ! » Qu’il y a-t-il à dire ? J’ai poussé un double soupir au point qu’elle a eu pitié de moi et m’a donné quelques raisins.
« Tiens, remets-toi, car aujourd’hui tu resteras au lit. Cette semaine, tu n’iras pas travailler car tu dois te reposer, retrouver tes forces. Tu as beaucoup de tâches qui t’attendent : tu dois faire les valises, nous partons en vacances dans deux semaines ».
Oh, mon Dieu, si seulement j’attrapais celui qui a inventé les vacances, je me vengerais sur lui pour moi et pour les hommes du monde entier ! En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances et qu’on puisse se retrouver dans la joie, shalom, shalom.
Traduction de Arthur Langerman
*Pour les sketches précédents : http://www.cclj.be/article/1/3328
]]>