Le Habad au pays de Vishnou

Le mouvement Habad-Loubavitch se singularise par son prosélytisme hyperactif au sein du monde juif. Pour ramener les âmes égarées vers le droit chemin du judaïsme, les missionnaires de la foi de cette branche juive ultra-orthodoxe n’hésitent pas à parcourir le globe et à s’implanter dans des pays comme l’Inde.

Paharganj est le quartier routard de Delhi. Dans Main Bazar Road, la rue principale, les hôtels à petits prix et les cafés attirent les jeunes touristes occidentaux à sac à dos.

Parmi cette foule de routards, on compte un nombre élevé d’Israéliens, pour la plupart des jeunes de 22 ans ayant accompli leur service militaire de trois ans. Ils viennent en Inde pour décompresser.

Est-ce la raison pour laquelle les disciples du Habad-Loubavitch sont présents dans les principaux centres touristiques indiens fréquentés par les Israéliens ? La réponse fuse d’autant plus que les indications permettant d’identifier les Beth-Habad (les maisons du Habad) sont rédigées exclusivement en hébreu.

Au hasard d’une promenade sur Main Bazar Road à Delhi, on aperçoit une petite pancarte coincée entre deux magasins de souvenirs indiquant l’accès au Beth-Habad dans une impasse perpendiculaire à cette rue animée. Au bout de la ruelle, un policier indien assure la sécurité de cette petite maison. Lorsqu’on est suffisamment proche de lui, il s’assure bien que le visiteur est israélien. Si tel est le cas, celui-ci peut entrer et grimper librement les escaliers menant au foyer.

Une fois la porte franchie, on oublie l’Inde et ses mystères. On entre dans un environnement typiquement Loubavitch, c’est-à-dire un local impersonnel où les murs sont couverts de photos et d’affiches du Rebbe Menachem Mendel Schneerson, leur chef spirituel et « Melekh Mashiyakh » (roi-messie). On pourrait être à Jérusalem, à New-York ou même à Bruxelles.

Deux jeunes Loubavitch d’une petite vingtaine d’années accueillent chaleureusement (en hébreu) les visiteurs et comme à l’accoutumée, ils leur proposent de prier et de mettre les Tefillins (phylactères). Deux touristes israéliens avaient déjà commencé leur prière, et un couple de quinquagénaires du très laïque kibboutz Yad Mordekhaï se rafraichissait d’un verre d’eau tout en discutant avec les deux « envoyés » du mouvement.

Après vous avoir posé les questions d’usage (d’où viens-tu, où as-tu appris l’hébreu, etc.), ils invitent très chaleureusement les visiteurs à participer au repas qu’ils préparent chaque soir. « Il y aura du poulet », souligne le plus entreprenant des deux. Après un régime végétarien d’un mois, c’est tentant. Un jeune routard israélien présent complètement sous le charme du Habad s’est approché pour insister également qu’il y aura du poulet !

Tout cela est sympathique, bon enfant et pétri de bons sentiments. Mais cela dissimule mal le prosélytisme de ces véritables missionnaires du judaïsme. Face à cette critique, on nous répond systématiquement qu’ils ne font de mal à personne et qu’ils entretiennent la flamme du judaïsme.

Certes, mais de quel judaïsme ? Une de ses versions ultra-orthodoxes assorties de pratiques contestables et des valeurs les plus archaïques que la décontraction et le marketing bien rôdé du mouvement n’effacent pas.

Que dire du rapport messianique et quasi idolâtre que les disciples Loubavitch entretiennent avec leur dernier chef spirituel (Rebbe Schneerson) décédé en 1994…

Mais en ce qui concerne le culte voué au Rebbe, il se peut que les Loubavitch ne soient pas les plus fanatiques. Le Na Nach Nachman, ce mouvement dissident des Braslav aux allures baba-cool et hippies mais au discours ultranationaliste, a également jeté son dévolu sur l’Inde où il a ouvert des maisons : Beth Yehudi (la maison juive). C’est plus sommaire et moins confortable que le Beth Habad, mais il y a donc une rude concurrence en perspective. Sans compter Vishnou, Shiva, Ganesh et les nombreuses divinités hindoues.  

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