« Effet papillon » version israélienne

Quand la paix ou la guerre dépendent de l’opinion d’un intégriste religieux, c’est que la démocratie est vraiment malade.

On connait la question qui illustre la célèbre « théorie du chaos » du professeur Edward Lorenz : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? ». En Israël, elle se pose autrement et avec des conséquences bien plus terrifiantes :

 « Les déclarations d’un rabbin peuvent-ils déclencher une guerre régionale (voire mondiale) ? » En cause, bien sûr, l’éventualité d’une attaque de l’Etat juif contre l’Iran. Une hypothèse envisagée à peu près tous les six mois depuis que ce dernier a accéléré son programme nucléaire en 2007.

Et qui, à chaque fois, décline les mêmes interrogations : Israël doit-il bombarder les sites nucléaires iraniens ? Peut-il le faire ? Va-t-il le faire ? Sans oublier les innombrables sous-questions : réelle menace ou gesticulation ?  Seul ou avec les Etats-Unis ?

Plus, en ce moment, une question-bonus : s’il le fait, sera-ce avant l’élection présidentielle américaine de novembre ? Bien entendu, les seuls à pouvoir vraiment répondre à ces questions sont, pour le meilleur ou pour le pire, les dirigeants israéliens.

Lesquels sont, selon les analystes israéliens, divisés sur la question. Y compris au sein du « cabinet restreint de sécurité » gouvernemental : le Premier ministre B. Netanyahou, E. Barak (Défense), A. Lieberman (Affaires Etrangères) et. Y Steinitz (Finances) seraient pour. 

Tandis que D. Meridor (Renseignements), B. Begin (sans portefeuille), M. Yaalon (Affaires stratégiques) et E. Yishaï (Intérieur) seraient contre. Et, bien qu’il ait en théorie le pouvoir de passer outre, B. Netanyahou n’entend agir qu’avec l’appui d’une majorité du gouvernement.

En fin connaisseur du marigot politique israélien, il estime que le « maillon faible » pour y parvenir, c’est le Shass, ce parti ultra-orthodoxe qui a, depuis sa création, coutume de se vendre au plus offrant.

Le Premier ministre ne perd évidemment pas son temps à tenter de convaincre le chef du parti, son ministre de l’Intérieur, Elie Yishaï. Comme tout le monde, il sait que celui-ci n’est que l’intendant du parti et que le pouvoir est ailleurs : chez le rabbin Ovadia Yossef, « leader spirituel » du Shass. Et c’est là qu’on en revient à la théorie du chaos. Ce rabbin, aujourd’hui âgé de 92 ans, est aussi érudit qu’haineux. Chacun de ses sermons hebdomadaires est un festival de déclarations où le racisme le dispute à l’insulte.

« Les Nègres ont-ils apporté la Torah ? »

En 2005, après l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle Orléans : « Là-bas, ce sont des Nègres. Les Nègres ont-ils apporté la Torah ? Yallah, un ouragan s’est abattu sur eux et les a noyés, parce qu’ils n’ont pas de dieu ».

Sur Yossi Sarid (ancien dirigeant de gauche) : « C’est le mal incarné. Il faut le pendre haut et court ». Sur les dirigeants de l’Autorité Palestinienne : « Puissent-ils disparaître de la Terre. Puisse Dieu envoyer un fléau à ces enfants d’Ismaël, ces vils ennemis d’Israël ».

Les non-Juifs ? « Ils sont sur terre pour servir les Juifs ». Non qu’il les aime davantage, ceux-là, dès lors qu’ils ne font pas partie de sa secte : « Les victimes juives du nazisme sont des réincarnations d’âmes ayant fauté lors des générations antérieures ».

Tout comme les soldats tombés au Liban en 2006 : « Ils sont morts à cause de leur péchés » (entendez : leur manque de pratique religieuse). Le sexe féminin ? « Marcher entre deux femmes, c’est marcher entre deux ânes » . Bref, le saint homme hait à peu près tout le monde.

N’empêche, c’est à lui que le Premier ministre de l’Etat d’Israël a envoyé ce 17 juillet 2012 le directeur du Conseil pour la Sécurité nationale, le général Amidror, ultra-orthodoxe lui aussi, pour l’informer sur la menace nucléaire iranienne.

Résultat : dans son sermon de samedi dernier, 25 juillet, Ovadia Yossef a affirmé : « Lorsque nous appelons Dieu à amener la fin de nos ennemis, nous devrions penser à l’Iran, ces démons qui menacent Israël. Puisse Dieu les détruire ».

Ce n’est pas encore ce que B. Netanyahou voudrait entendre, mais cela en prend le chemin. Encore quelques visites et qui sait si le chef spirituel du Shass ne découvrira pas que la Torah  prône un bombardement des sites iraniens, si possible avant le 6 novembre ?

Et c’est ainsi qu’un vieil homme, aussi convaincu de parler au nom de son Dieu que les mollahs iraniens du leur, tient peut-être entre ses mains le destin de l’Etat d’Israël et la vie de ses habitants. Théorie du chaos…

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