La polémique a commencé dès la fin de la Seconde Guerre et n’a cessé de reprendre depuis : pourquoi Eugénio Pacelli, le pape Pie XII, n’a-t-il rien dit -ou fait- pour lutter contre le génocide commis par les nazis contre les Juifs ?
Dès les années 1950, l’inaction du pape Pie XII a été condamnée par de grands historiens juifs comme Léon Poliakov ou Saul Friedländer. Mais aussi par des intellectuels catholiques, comme François Mauriac ou le philosophe Jacques Maritain.
Puis, la polémique est retombée pour repartir de plus belle en 1963, avec la pièce de théâtre « Le vicaire » de Rolf Hochluth. Nouveau et long silence brisé en 2002 par le film Amen, de Costa-Gavras.
Et rebelote en 2007, avec la reprise des démarches pour sanctifier Pie XII. En fait, la procédure avait été introduite par Paul VI en… 1965. Mais, durant plusieurs décennies, l’Eglise avait préféré surseoir.
Jusqu’à ce que le pape Benoit XVI proclame Pie XII « Vénérable », ce qui est le premier des trois stades pour devenir Saint (le deuxième étant la « béatification »). C’est alors que les Juifs eux-mêmes se sont divisés sur la question.
Si l’écrasante majorité des communautés de par le monde s’était indignée de ce qui ressemblait fort à une réhabilitation, quelques voix juives ont commencé à se faire entendre en faveur d’Eugénio Pacelli.
Comme celle de l’avocat et historien Serge Klarsfeld qui, en 2009, ne voyait « aucun scandale » à une éventuelle sanctification en rappelant que Pie XII avait « en toute discrétion sauvé des milliers de Juifs romains ».
De même, en 2010, le philosophe français Bernard-Henri Lévy avait-il pris la défense de ce pape « victime de désinformation et utilisé comme bouc émissaire », alors qu’à son époque régnait un « silence assourdissant du monde entier sur la Shoah ».
Autre « chevalier blanc juif de Pie XII », selon l’expression d’un journaliste du New York Times, l’Américain Gary L. Krupp qui, depuis 2003, consacrait toute son énergie à « rendre justice » à un Pape pour qui il réclamait même la qualité de « Juste parmi les Nations »…
Et puis, alors que l’Eglise poursuit avec une prudente lenteur la procédure de béatification de Pie XII, il s’est produit début juillet 2012 un changement au Mémorial Yad Vashem de Jérusalem.
Depuis 2005, le panneau consacré au pape contesté dans son « Musée de l’Histoire de la Shoah » affirmait que ce dernier n’avait rien fait pour venir en aide aux Juifs. Il a été remplacé par un nouveau texte plus nuancé expliquant que :
« La réaction de Pie XII, Eugenio Pacelli, à l’assassinat des juifs au cours de la Shoah est l’objet de controverses parmi les chercheurs ». La cause de cette révision ? Selon le Yad Vashem, elle est due « aux nouvelles recherches sur la question ».
Les réponses sont dans les caves du Vatican
Certes, cette institution affirme aussi qu’elle ne prendra une position définitive qu’après l’étude détaillée des archives du Vatican sur le pontificat de Pie XII, lesquelles devraient être ouvertes en 2015.
Ceci étant, rien que ce doute constitue une évolution non dénué d’importance. Surtout, si on n’imagine pas, comme l’ont affirmé d’aucuns, que le Yad Vashem ait cédé à d’éventuelles pressions ni du gouvernement israélien ni de l’Eglise.
Certes, Eugenio Pacelli est encore bien loin de devenir un Saint ou un Juste. Mais cette circonspection nouvelle montre à tout le moins que l’histoire de Pie XII est peut-être plus complexe qu’on ne l’a longtemps cru…
Reste cette question : si des documents officiels démontrent que Pie XII a vraiment secouru des Juifs, pourquoi l’Eglise n’a-t-elle pas clos la polémique en les publiant ? La réponse habituelle est qu’il fallait du temps pour répertorier et classer toutes les archives.
Plus de soixante ans ? Quoi qu’il en soit, tous les mystères devraient être éclaircis d’ici deux ans. A moins que, d’ici là, le Vatican ne trouve une autre bonne raison pour ne pas ouvrir aux chercheurs la totalité des annales de l’époque…
Pie XII, « Juste des Nations » ? (http://www.cclj.be/article/3/2046)
Pie XII, le retour (http://www.cclj.be/article/3/1506)
]]>