La mémoire se conjugue au présent

Au cœur de l’été, la France célébrait comme chaque année la mémoire de la rafle du Vel’ d’Hiv. Et dix-sept ans après le discours mémorable de Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité de la France dans ce qui constitue sûrement l’évènement le plus tragique de la Collaboration, l’intervention du Président français fraîchement élu était attendue, voire surveillée.

Oui, quelques semaines après les crimes commis par Mohammed Merah, les Juifs de France voulaient entendre François Hollande. De gauche comme de droite, enfants de Moïse et de Marianne, ils avaient besoin que la République les rassure… Ce qu’elle fit avec grande justesse et en deux temps.

D’abord, sur la mémoire de la Shoah. « Le crime fut commis en France par la France », a insisté le président Hollande lors du 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Il a souligné que la police française s’était « chargée d’arrêter des milliers d’enfants et de
familles
 », que la gendarmerie avait ensuite escortés dans divers camps. « Pas un soldat allemand, pas un seul ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération ». Et le silence se fit glacial tandis que les vivants convoquaient le souvenir de leurs aïeux déporté.

Mais François Hollande ne se contenta pas de condamner le passé sans évoquer la situation actuelle des Juifs de France. Le chef de l’Etat a ainsi évoqué la fusillade perpétrée en mars à l’école Ozar Hatorah par un islamiste se réclamant d’Al-Qaïda. « Il y a quatre mois, quatre mois, des enfants mouraient pour la même raison que ceux du Vel d’Hiv, parce qu’ils étaient juifs », a-t-il déploré. « La sécurité des Juifs de France n’est pas l’affaire des Juifs, c’est celle de tous les Français », a insisté le président Hollande, en s’engageant à ce « qu’elle soit garantie en toutes circonstances et en tous lieux ». « La République pourchassera avec la plus grande détermination tous les actes, tous les propos antisémites qui pourraient mener les Juifs de France à se sentir inquiets dans leur propre pays ». Inquiets dans leur propre pays, à tort ou à raison, les Juifs le sont. Ils se souviennent qu’à l’époque de la seconde intifada, une vague d’antisémitisme largement sous-estimée par le gouvernement socialiste avait conduit au divorce entre la communauté juive et la gauche. Autre temps, autres mœurs. En 2012, le Parti socialiste français semble avoir tiré les leçons de ses échecs. Et Manuel Valls n’est pas Daniel Vaillant…

« La République pourchassera avec la plus grande détermination tous les actes, tous les propos antisémites qui pourraient mener les Juifs de France à se sentir inquiets dans leur propre pays ». On pourrait voir, dans cette dernière déclaration du Président français, la réponse au discours très controversé d’Ariel Sharon, alors Premier ministre israélien, qui exhortait, il y a sept ans, les Juifs de France à quitter leur pays pour rejoindre l’Etat hébreu… 

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