Le non-dit des J.O.

Sans conteste, le spectacle télévisuel de l’été, ce furent les Jeux Olympiques. Une soirée d’ouverture somptueuse avec en vedette mondiale une Reine Elisabeth se prêtant au jeu d’un saut en parachute avec James Bond. Usain Bolt s’autoproclamant « légende » au terme d’un 100 mètres de rêve. Michael Phelps et ses 22 médailles. La tristesse des frères Borlée. La princesse Zara Phillips, petite-fille de la Reine, médaille d’argent d’équitation. L’extraordinaire apesanteur des finalistes de natation synchronisée. L’interminable troisième set de Tsonga contre Raonis gagné 25 jeux contre 23. Le retour du tennis anglais avec la victoire de Murray sur Federer. L’or du contre-la-montre pour Bradley Wiggins, déjà vainqueur du Tour de France. Kirani James, échangeant son dossard avec Pistorius avant de tomber dans ses bras. La barre de 196 kg de l’haltérophile Matthias Steiner lui retombant sur la nuque. Les chassés-croisés du cyclisme sur piste. Un festival d’images. Une féérie. Un feu d’artifice.

Ces images, même les plus fortes, ne parlent pas toujours d’elles-mêmes. Il faut décrire la compétition, rappeler qui sont les concurrents, redire les règles et accompagner émotionnellement tous les moments de tension pour que le téléspectateur ressente les mêmes émotions que s’il était assis sur les gradins du stade. Et l’une des grandes difficultés du commentaire sportif à la radio et à la télévision, c’est l’obligation de parler tout le temps, même quand il ne se passe rien. Il s’en suit une pléiade de perles qui rendent souvent le spectacle amusant à souhait. Sur France2, on a pu entendre les commentateurs s’extasier sur le fait que la piscine olympique était bien remplie, qu’elle était calme quand il n’y avait personne dedans, que Lochte et Phelps allaient nager « face à face », que si le Français n’avait pas perdu, il aurait gagné, que tel autre savait nager, on en passe et des meilleures.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Rien de moins futile que le sport. Entre les envolées lyriques et les moments de vide se glisse une multitude d’évènements qui reflètent l’histoire contemporaine. La deuxième place de la Chine, l’inexorable recul de la Russie. La participation d’athlètes handicapés comme Oscar Pistorius, Dong Hyun Im le tireur à l’arc sud-coréen quasiment aveugle ou la pongiste polonaise Natalia Partyka. Le voile de la judoka Wojan Ali SerajAbdulrahim, première femme saoudienne autorisée à participer aux jeux. La bataille pour le droit de courir de l’Algérien Makhloufi, vainqueur du 1.500m. Le geste de la Polonaise Zofia Noceti-Klepacka, mettant aux enchères sa médaille de bronze dans une épreuve de planche à voile pour financer les soins d’une fillette de 5 ans atteinte d’une forme de mucoviscidose. Et puis, le refus du Comité olympique d’organiser une minute de silence en souvenir des athlètes israéliens assassinés pendant les jeux de Munich il y a quarante ans. Le non-dit de tout ce qui s’est dit pendant cette minute-là : la solitude d’Israël.

]]>