Ces Etats européens qui interdisent le blasphème

Depuis que Charlie Hebdo a publié en septembre dernier des caricatures de Mahomet, des voix religieuses relancent l’idée du délit de blasphème. Plusieurs démocraties européennes ont d’ailleurs déjà inscrit ce type délit dans leur droit positif. Ce délit archaïque est-il encore puni ?

Lors d’un débat télévisé dominical sur la RTBF (Mise au point du 23/9/2012), le grand rabbin de la synagogue de Bruxelles, Albert Guigui, a cité, à titre d’exemple, des Etats de l’Union européenne ayant inscrit le délit de blasphème dans leur dispositif légal. Il s’agit de l’Allemagne, du Danemark, de l’Italie, des Pays-Bas, de l’Irlande et de la Grèce.

En dressant cette liste, le grand rabbin de Bruxelles souhaitait bien entendu démontrer aux téléspectateurs qu’une démocratie moderne peut également punir le blasphème sans se transformer en une théocratie liberticide.

Le grand rabbin de Bruxelles a raison… bien qu’il ait communiqué une information incomplète. Il omet de préciser que la plupart de ces Etats européens n’appliquent plus la loi sur le délit de blasphème.

Professeur de droit des religions à l’Université catholique de Louvain (UCL), Louis-Léon Christians prend bien soin de faire cette nuance lorsqu’on l’interroge sur ces législations obsolètes. « La quasi-totalité de ces pays ne l’appliquent plus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », insiste ce professeur dans un entretien accordé à M Le Magazine du Monde du 29/9/2012 (p.34). « La plupart sont de « vieilles » législations discriminatoires qui protègent exclusivement la religion établie. La Grande-Bretagne, par exemple, ne réprimait que les blasphèmes à l’encontre du Dieu des chrétiens avant d’abolir sa législation en 2008 ».

La très catholique Italie punit le blasphème et cette « protection » est étendue aux autres religions. En revanche, cette loi n’a jamais été appliquée. « Pas plus qu’en Irlande, qui est pourtant allée à contresens de l’histoire en votant une loi anti-blasphème il y a trois ans », ajoute Louis-Léon Christians. « Seule la Grèce orthodoxe fait appliquer le délit de blasphème ».

Ce bref tour d’horizon permet donc de constater qu’à l’exception de la Grèce, ces lois anti-blasphèmes n’ont rien de moderne : elles ne sont plus que les souvenirs d’un passé lointain où les églises s’affirmaient comme un pouvoir sur les consciences des citoyens de ces républiques ou des sujets de ces royaumes.  

]]>