Où l’on découvre (entre autres) que, hier déjà, les jeunes d’aujourd’hui étaient pires que ceux d’avant-hier. Et comme toujours, le podcast se trouve à droite de l’article.
Je ne parviens pas à m’en sortir ! J’ai un court-circuit dans mes pantalons, l’air n’arrive plus. Ce sont les boutons, il y a un défaut aux les boutons ! Chaque fois que j’en touche un, mon cœur qui se met à battre. Oy, je n’en peux plus, je fonds littéralement !
Oh, vous voyez, ces gens ? A cause d’eux uniquement, je veux m’envoler dans la lune. Je ne sais pas si ce sera mieux en haut, je ne sais pas ! Mais qu’est-ce que j’ai à perdre ici ? Quoi, la tête ? Mais non, j’ai déjà perdu des choses bien plus importantes que ça, croyez-moi.
C’est quoi une tête ? On ne peut pas vivre sans eau, on ne peut pas vivre sans air, mais sans tête ? Je pourrais facilement terminer ma vie sans même savoir qu’il me manque quelque chose !
La preuve c’est que moi, je suis en bas et que ma tête est déjà sur la lune. Je ne vais pas avoir honte devant vous ! Ici en bas, ça m’arrive déjà jusqu’ici. Oh, ce n’est plus un monde ! Ce n’est plus un monde ici. Tout va de travers, ce n’est pas à comprendre avec un esprit normal !
Par exemple, les Allemands se sont mis à faire des affaires et nous, les Juifs, on fait des guerres. Le monde tourne à l’envers ! Et à qui la faute, pensez-vous ? Aux Russes et aux Américains.
Eh bien oui ! S’ils avaient dépensé autant d’argent pour vivre sur terre qu’ils en ont donné pour aller à la lune, qu’est-ce qui nous aurait encore manqué ici ? Moi, je m’en vais, je ne vais pas attendre. Attendre qu’une bombe atomique m’ouvre la tête pour que je comprenne ?
Moi j’ai compris ! Je vous offre le monde entier avec ses mensonges et ses escroqueries. On en est arrivé à ne plus même pouvoir se surveiller le blanc de l’œil ! Dans le temps, on volait un portefeuille, une montre, c’était déjà toute une affaire.
Aujourd’hui on vole des diplomates, des stations radio, des bateaux entiers. On en est arrivé au point que lorsque quelqu’un veut se débarrasser de sa femme, il la met dans un avion pour qu’on l’enlève lorsque l’avion sera détourné !
Vous riez, hein ! Ecoutez-moi plutôt ! Fuyez tant qu’il est encore temps, avant que ce monde ci ne devienne l’autre monde ! C’est eux qui vont tout organiser ? Lorsqu’ils mettent le doigt dans un verre d’eau, ils ont assez d’encre pour écrire pendant une demi-année.
Comment ils s’appellent ces gens ? Ces hippies, notre nouvelle jeunesse, nos garçons et nos filles. Lorsqu’on rencontre un garçon et une fille, assis sur un banc dans le parc, on ne sait même plus où commence le garçon et où finit la fille !
Comment faire aujourd’hui pour reconnaître un « il » d’une « elle », comment ? Tous les deux portent des pantalons, tous les deux fument, tous les deux ont des perruques, des barbes. Comment faire pour les reconnaître, à moins qu’on écoute qui est celui qui parle et qui est celui qui écoute !
La jeunesse moderne, la nouvelle gauche ! Il ne manquait plus qu’eux, la nouvelle gauche, comme si on n’avait pas encore assez de la vieille gauche ! Lorsque je parle d’eux, j’aimerais déjà être là-haut.
La jeunesse moderne, nos enfants ! Entre nous, vous pensez que mes enfants sont mieux ? Je suis seulement déçu que ma femme en soit tellement fière. « Des enfants pareils » dit-elle, « ça ne se trouve plus, tellement affectueux, tellement gentils, tellement attentionnés. »
« Des enfants comme ça vous éclairent toute la maison » dit-elle. Bien sûr, ils éclairent, bien sûr, on les attend des nuits entières jusqu’à ce qu’ils rentrent à la maison! De la fierté, de la satisfaction !
J’ai envoyé ma fille étudier à l’étranger en pensant qu’elle rentrerait à la maison avec une tête pleine, comme un professeur. Eh bien, non ! Elle est rentrée avec un ventre plein d’un chauffeur !
Et ce n’est pas tout, j’ai aussi un fils. Celui-là s’est marié avec une espèce de beatnik, je ne sais même pas où il l’a trouvée. Cinq mois après le mariage, ils ont un enfant. « C’est quoi, ça » que je lui ai demandé.
« Oh, ce n’est rien, papa » a-t-il répondu, c’est seulement un prématuré qui est né deux mois trop tôt ! » Et quel prématuré ne nait pas deux mois plus tôt ? Je voudrais déjà partir, tant j’en ai marre, du monde, de mes enfants, de ma femme.
Ma femme, avec ses récriminations incessantes. Si un jour, la soupe est trop froide ou la viande brûlée, elle m’engueule en disant : « Les autres hommes lisent leurs journaux en mangeant, ce n’est pas comme toi qui regarde tout ce que tu manges ! »
Taisez-vous, laissez-moi parler ! Un jour, j’ai trouvé une pièce d’une demi-livre dans la soupe. Elle s’est de nouveau mise à râler en disant « Toi, qui dis toujours que ma soupe ne vaut pas une piastre ! »
Quand j’écoute ses plaintes, je regrette fort de ne pas être Turc. Ne me regardez pas ainsi ! Un Turc, au moins, peut avoir quatre femmes. Quand l’une ne convient pas, il peut en prendre une seconde, une troisième même une quatrième.
Mais va, deviens un Turc, alors que je n’ai même pas la force d’être un Juif ! Arrêtez, faites-moi plaisir ! Il y a une chose que je ne vais pas lui pardonner, c’est qu’elle se plaint de ce que les maris de ses amies, lorsqu’elles font des achats, payent avec des chèques qui ne reviennent jamais.
Tandis que les miens reviennent toujours. Est-ce de ma faute si leurs chèques ne retournent pas ? Peut-être que ces maris déposent préalablement de l’argent à la banque? On peut tout croire chez eux !
Lorsque je lui ai dit que je partais dans la lune, elle s’est moquée de moi. : « Tu es un tel nigaud, que même sur la lune, tu finiras par m’enterrer! » Je ne parviens pas à sortir de mon chagrin !
Dernièrement, ma famille s’est agrandie, un neveu de Pologne est arrivé, un nouvel émigrant. Je l’ai reçu comme un prince. Je lui ai dit que jusqu’à ce que la « Sohnout »* lui accorde un appartement, il pourra loger chez moi.
« Conduis-toi comme si tu étais chez toi » je lui ai dit « Ce que je mangerai, tu mangeras, là où je dormirai, tu dormiras, ma maison est ta maison » Lorsqu’il a entendu que c’était sa maison, il n’a pas hésité, il l’a vendue !
Quand est-ce que je pourrais enfin être là-haut ? En attendant, j’apprends à sauter en parachute. Ca fait très peur, mais c’est très intéressant. Je n’apprends pas seul, non, je suis avec tout un groupe.
Notre instructeur nous a appris qu’après avoir sauté, il fallait compter jusqu’à dix avant de tirer sur la courroie et alors seulement le parachute peut s’ouvrir. Un jour, nous avons sauté tout le groupe ensemble, avec les mêmes instructions :
Sauter, compter jusqu’à dix et tirer sur la courroie. Le parachute s’est ouvert chez tout le monde, sauf chez un. Heureusement qu’il est tombé sur un arbre et que son parachute est resté accroché à une branche.
Lorsque je suis arrivé en bas, j’ai couru vers l’arbre et là, je l’ai entendu qui comptait encore : « C..c…ci…cinq, s…s…si…six, s…s…se..sept…. » Mais, j’ai peur d’une chose, c’est que lorsque j’arriverai sur la lune, les Russes soient déjà là.
Que vais-je faire s’ils veulent me brutaliser ? Eh bien, je me jetterai de la lune, ma parole ! Mais qu’est-ce qu’ils cherchent là-haut, les Russes ? Tout le monde sait tout de même qu’on ne peut pas vivre sur la lune.
Peut-être veulent-ils nous montrer qu’il y a encore un autre endroit où on ne peut pas vivre en dehors de la Russie ? Maintenant, se pose un problème : comment est-ce que je vais pouvoir gagner ma vie là-bas.
Si je n’ai pas le choix, je deviendrai archéologue, je vais chercher le jour d’hier ! Je gagnerai toujours assez pour trouver à manger, car là-haut, il n’y a pas de beurre, pas d’œufs, pas de viande.
Il paraît que sur la lune on ne sait même pas ce que c’est un animal. Mais, attendez un peu que j’y arrive, ils le sauront très vite! Bon, assez parlé, je vais m’envoler. Si jamais vous rencontrez mes bons amis, mes meilleurs amis, Arafat, Nasser, Brejnev, faites- leur mes compliments
Et dites-leur bien que je leur souhaite, avant de partir, de recevoir autant de coups qu’il y a eu de Chinois qui sont nés depuis la sortie d’Egypte jusqu’aujourd’hui.
* Sohnout : l’Agence juive, qui prend en charge les nouveaux immigrants en Israël
Traduction : Arthur Langerman
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