L’article paru en Une du Regards d’octobre n’en faisait effectivement pas mention, mais ils existent bel et bien et se revendiquent au nombre des mouvements de jeunesse juifs que compte notre pays. Zoom sur l’UPJB Jeunes, mouvement de jeunesse de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique.
Il y a l’Hanoar, le Dror, la JJL, le Bne Akiva et l’Hashomer, les cinq mouvements de jeunesse qui se réunissent au sein de la Brith Hairgounim Hahaloutsim, membre du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB). Mais il y a aussi l’UPJB Jeunes, qui ne fait pas partie du CCOJB, ne clame pas haut et fort son amour d’Israël, ne porte pas de « houltsa » (chemise propre au mouvement) et parle de « camps » plutôt que de « mahanot », mais qui regroupe néanmoins chaque samedi quelque 80 jeunes (dont 15 moniteurs) âgés de 6 à 16 ans. Avec de nombreux anciens qui reviennent animer le mouvement à l’occasion des camps.
A l’image de sa maison mère, l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), l’UPJB Jeunes n’est pas sioniste. « Raison pour laquelle nous ne sommes pas membres du CCOJB qui suppose la reconnaissance de la centralité israélienne », analyse Gérard Preszow, relais du mouvement auprès du conseil d’administration de l’UPJB. Cela n’empêche pas le mouvement de partager des valeurs telles que la justice sociale, l’engagement politique, l’ouverture à l’autre, l’égalité et la liberté.
« Nous sommes un mouvement juif diasporique progressiste », souligne Julie Demarez, coordinatrice de l’UPJB Jeunes depuis juillet. La jeune femme n’est pas juive, ce n’est d’ailleurs pas une condition pour assumer la responsabilité du mouvement. Pour le fréquenter non plus. « Une façon de pratiquer le judaïsme non excluant, partageable », relève Gérard Preszow.« Chez nous, on est juif comme bon nous semble, avec autant de déclinaisons du judaïsme que de membres ! ». « Notre public vient essentiellement des écoles Charles Janssens et Decroly », confirme Julie Demarez. « La moitié des enfants ont des parents qui sont membres de l’UPJB, les autres nous rejoignent pour notre engagement politique ou le bouche-à-oreille ».
L’engagement politique et social du mouvement est en effet probablement ce qui le distingue le plus des autres mouvements de jeunesse juifs. Fortement mobilisé dans la cause des sans-papiers, prenant régulièrement part aux manifestations devant les centres fermés de Steenokkerzeel ou Vottem, les jeunes n’ont pas hésité à héberger l’an dernier, dans leurs locaux de la rue de la Victoire, à Saint-Gilles, une trentaine d’Indous rencontrés au Parc de Forest…
Anti-conformiste
Le rapport entretenu par le mouvement avec Israël est lui aussi très différent. Les six groupes d’âge portent le nom de résistants de tous bords : le dernier, Juliano Mer-Khamis, en hommage au directeur de théâtre et militant politique israélo-palestinien assassiné à Jénine en 2011, étant venu rejoindre la liste regroupant Marek Edelman, Janus Korczak, Emile Zola et Yvonne Jospa. Si l’UPJB Jeunes célèbre les fêtes juives comme Hanoucca et Pourim et se livre volontiers aux danses israéliennes et chansons yiddish, il n’évoquera Israël qu’avec un point de vue critique. L’occasion de participer à l’organisation aux Halles de Schaerbeek de l’exposition « Breaking the Silence », témoignant de l’expérience de soldats israéliens dans les Territoires occupés, ou plus récemment de rencontrer un Israélien du groupe New Profile, en faveur de la démilitarisation de la société israélienne.
« Nous reconnaissons bien entendu Israël comme un Etat à part entière, et la question d’être sioniste/antisioniste est dépassée », juge Gérard Preszow. « Mais nous n’avons aucune allégeance. Il ne s’agit pas de notre Etat. Nous vivons en Belgique », rappelle-t-il.
Conscient de certains paradoxes, le fait notamment de se définir comme « diasporique » tout en se regroupant comme « juif », avec ce réel besoin de penser le judaïsme en dehors d’Israël, Gérard Preszow regrette parfois de ne pas entretenir de meilleures relations avec les autres mouvements. « Sans en faire non plus une obsession », confie-t-il. « Il y a eu de nombreuses tentatives, en essayant de participer notamment à la Marche de Malines, à l’initiative Dor HaShalom (« Génération de la paix », groupe de militants de gauche, 18-30 ans), au Lag Baomer (rassemblement sportif annuel inter-mouvements), mais on a à chaque fois ressenti beaucoup d’agressivité. On a donc préféré s’arrêter là. Si j’ai un regret, c’est peut-être le conformisme de notre communauté ».
Plus d’infos : Julie Demarez 0486/75.90.53
Lire aussi notre article consacré au succès des mouvements de jeunesse juifs de Belgique.
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