Bien qu’elle fasse moins la « Une » des médias, la maladie de l’occupation continue à affaiblir Israël. A l’intérieur, mais aussi à l’extérieur où elle ne cesse d’accroître l’isolement de l’Etat juif. Exemples récents : l’Afrique du Sud et la Grande-Bretagne
Si on cherche toujours les avantages que l’occupation de la Cisjordanie apporte à Israël, on trouve sans peine les dangers qu’elle lui fait courir. Le moindre n’est pas sa solitude grandissante. Lentement, souvent à regret, les amis deviennent neutres et les neutres, ennemis.
Un des derniers en date est l’Afrique du Sud. Bien sûr, ce pays n’entretenait plus avec l’Etat juif les mêmes liens étroits que sous le régime d’apartheid. Et, certes, selon Marius Fransman, vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères :
« Notre position sur la situation en Palestine est indubitablement marquée par notre propre histoire d’oppression et d’abus des droits de l’Homme ». Mais les relations diplomatiques et économiques étaient restées bonnes.
Pretoria s’en tenait à une « déclaration de neutralité » édictée en 1994. Jusqu’en août dernier, quand le pays a créé un label spécifique pour les produits provenant des colonies de Cisjordanie en leur refusant l’étiquette « Made In Israël ».
Explication du gouvernement : « L’Afrique du Sud reconnaît les frontières de 1948 délimitées par l’ONU et ne reconnaît pas les Territoires occupés au-delà de ces frontières comme partie de l’Etat d’Israël ».
Et de rappeler que, par ailleurs, il n’appelle ni ne soutient le boycott des produits issus de l’Etat juif. N’empêche, l’actuel gouvernement israélien a cru bon de réagir avec le tact et la mesure qui caractérisent ses relations internationales.
Danny Ayalon, vice-ministre des Affaires étrangères, a immédiatement qualifié la décision de « discriminatoire » et « raciste », expliquant que « l’Afrique du Sud reste un pays d’apartheid. Un apartheid dirigé aujourd’hui contre Israël ».
Plus quelques conseils avisés : occupez-vous de vos mineurs assassinés et condamnez plutôt les crimes de Mugabe au Zimbabwe ou d’Assad en Syrie. On notera l’habilité d’une remarque qui semble placer Israël sur le même plan que ces deux sanglantes dictatures…
L’ami anglais
Autre signe inquiétant : les avertissements de Matthew Gould, ambassadeur de Grande-Bretagne en Israël. Un homme qu’on ne saurait considérer comme un ennemi : c’est le premier Juif nommé à ce poste.
Et, en prenant ses fonctions, il avait affirmé : « On ne peut pas faire ce job sans être passionnément sioniste ». Ajoutant qu’il comprenait« de façon viscérale pourquoi la sécurité et la paix signifiaient tant pour Israël, et pourquoi c’est un pays qui se sent si profondément vivre au bord du précipice ».
Ce qui ne l’a pas empêché, début août, de tenir les propos qui suivent à une télévision israélienne : « Le soutien à Israël commence à s’éroder au Parlement britannique et je ne parle pas de ceux qui sont aux extrêmes, qui crient haut et fort aux boycotts et tout le reste.
Je parle des membres du Parlement qui sont au centre ». Et pas seulement eux : « Le centre, la majorité, le public britannique ne sont peut-être pas des experts, mais ils ne sont pas stupides.
Ils voient les nouvelles constructions dans les colonies, ils lisent ce qui se passe en Cisjordanie, ils sont aussi au courant des restrictions imposées à Gaza ». Et d’ajouter : « Israël est vu aujourd’hui comme le Goliath et les Palestiniens comme le David.
Quiconque se soucie de la position d’Israël dans le monde doit s’inquiéter de son érosion dans le soutien populaire ». Précisant : « Ces changements (dans l’opinion publique. NDLR) sont des conséquences de la politique du gouvernement israélien ».
Là, la réaction israélienne a été plus sobre : le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien s’est contenté d’affirmer : « Les sentiments d’amitié des Israéliens envers la Grande-Bretagne et les Britanniques sont aussi forts qu’ils l’ont toujours été.
L’ambassadeur a raison de souligner l’importance du processus de paix pour le public britannique. Cependant, Israël n’est pas Goliath. C’est un petit pays entouré de menaces, allant du Hezbollah au Hamas ».
Un autre responsable israélien a été moins mesuré sur l’allusion à David et Goliath : « C’est une tentative malhonnête que de prendre un mythe biblique et de le retourner pour faire qu’Israël paraisse le mauvais en terminologie juive ».
Là non plus donc, aucune réponse sur le fond. Le gouvernement israélien, droit dans ses bottes, n’entend écouter personne, amis ou neutres. La colonisation est et reste l’alpha et l’oméga de sa politique.
Comme disait le politicien français Edgar Faure :« L’immobilisme est en marche. On ne saurait l’arrêter »…
* »….Que j’avais avec tant de soin tenus ? » Extrait de Poèmes de l’infortune de Rutebeuf.
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