Alors que des attaques assez répugnantes sont lancées contre des candidats juifs aux élections communales*, le moment semble bien choisi pour rappeler aux gens de bonne foi quelques évidences.
Prenons les différences entre « Juif » et « sioniste » ou « antisioniste » et « antisémite », par exemple. Déjà, tous les Juifs ne sont pas sionistes : d’aucuns ne veulent rien avoir à faire avec le judaïsme. D’autres, comme des groupes ultra-orthodoxes, sont antisionistes.
Certains sont a-sionistes (à l’UPJB, par exemple). Et un bon nombre, comme nous-mêmes, sont des sionistes critiques vis-à-vis du gouvernement israélien actuel. D’autre part, nombre de sionistes ne sont pas juifs, à l’exemple des chrétiens évangéliques américains.
Par ailleurs, on ne saurait confondre la plupart des antisionistes, qui sont engagés en faveur du peuple palestinien avec les antisémites qui détestent tous les Juifs, où que ces derniers vivent et quoi qu’ils pensent ou fassent.
Et un des soucis est, que des deux côtés, des minorités entretiennent à plaisir la confusion entre tous ces termes. Chez nous, ces gens vivent toute critique du gouvernement israélien comme une attaque antisémite. En face, ils englobent Juifs et sionistes dans une même haine.
C’est avec tout cela en tête qu’il convient de jauger les attaques contre Yves Goldstein, candidat PS à Schaerbeek, où d’aucuns appellent la forte minorité musulmane qui y réside à ne pas voter pour un sioniste.
Car cela reviendrait, selon un tract anonyme à « enfoncer un couteau dans le dos d’un Palestinien ». Des propos qui, pour certain, relèvent de l’antisionisme -qui est une bonne chose- et non de l’antisémitisme, qui est condamnable.
Sauf que ces gens ignorent -ou font mine de ne pas savoir- qu’il s’agit d’un langage codé. Le groupuscule « Egalité », qui a trouvé là un moyen de faire parler de lui, se situe dans la même mouvance que le « Parti anti-sioniste » français où sévit également leur ami Dieudonné.
Comme eux, ils utilisent le terme « sioniste » simplement parce qu’un parti anti-Juif serait illégal là-bas comme chez nous. Mais qui peut croire, lorsqu’ils évoquent un « lobby sioniste » qui, selon eux, contrôlerait la France ou la Belgique, qu’ils ne visent pas les Juifs ?
De même lorsqu’ils s’en prennent à Yves Goldstein. Qu’a donc son sionisme à voir avec cette élection ? S’il est élu, que se passera-t-il ? Schaerbeek votera en faveur d’Israël à l’ONU ? La commune déplacera son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem ?
Et, si déjà on évoque le sionisme, les partisans de la cause palestinienne, dont la plupart sont des démocrates, ne devraient-ils pas réfléchir aux dangereuses simplifications où les entraînent les extrémistes ?
Critiquer la politique des derniers gouvernements israéliens est parfaitement légitime et ce site ne se prive pas de condamner l’occupation de la Cisjordanie, ce qui ne lui vaut pas que des amis dans la communauté juive.
Prêts à se battre jusqu’au dernier Palestinien
Autre chose est de remettre en question le sionisme lui-même qui est le pilier fondateur d’Israël. Songer à le supprimer revient à vouloir anéantir Israël. On imagine le haussement d’épaules de ceux qui sont exaspérés par les souffrances qu’il inflige aux Palestiniens : « Eh bien, c’est ça, l’idée ».
Vraiment ? Est-ce réellement là ce que veulent des gens raisonnables, humains et épris de justice ? On ne se souvient pourtant pas qu’en d’autres temps, ceux qui luttaient contre l’occupation de l’Algérie par les Français aient jamais appelé à détruire la France.
Les partisans du peuple sahraoui envisagent-ils d’anéantir le Maroc ? Les pro-Tibétains de rayer la Chine de la carte ? Par contre, à cause de la politique imbécile de leurs dirigeants, les Israéliens, dont une forte minorité est opposée à l’occupation, devraient disparaître ?
La solution de ce conflit passe-t-elle vraiment par le remplacement d’une souffrance par une autre ? Les gens de bien se satisferaient-ils de voir les millions de réfugiés palestiniens remplacés par des millions de réfugiés israéliens ? Manifesteront-ils alors en leur faveur ?
N’est-il pas plus juste, plus humain -et plus réaliste- de combattre, comme nous le faisons depuis des décennies, pour l’existence de deux Etats vivant en paix l’un à côté de l’autre ? Mais revenons-en à ces groupuscules qui sont prêts à se battre contre les Juifs jusqu’au dernier Palestinien.
On comprend que les partis politiques fassent les choix nécessaires pour emporter les élections, en s’intéressant à telle ou telle communauté. Les Belges musulmans, au sens large, sont des citoyens comme les autres (les Juifs aussi, si on va par là).
Il est donc normal et nécessaire de les prendre en considération, de prêter attention à leurs problèmes, de les intégrer dans les postes à responsabilités, Mais tout cela ne saurait entraîner des compromissions avec des gens qui se situent en dehors des valeurs de ce pays.
Aucun parti ne saurait tolérer qu’ils tiennent des propos racistes ou haineux envers quiconque, quelle que soit « sa race, sa couleur, son sexe, de langue, sa religion, ses opinions politiques», comme l’affirme la Déclaration universelle des Droits de l’homme.
Le temps ne serait-il pas venu pour tous les partis bruxellois de réaffirmer hautement leur condamnation des attaques racistes ? Et, d’apporter en l’occurrence leur soutien à des candidats à qui l’on fait le reproche de leur origine juive ?
Il serait aussi bien que les autorités songent à juguler ces extrémistes avant qu’eux-mêmes ou d’autres qu’ils auraient influencés ne se livrent aux mêmes sanglants excès qu’a connu la France ces derniers mois….
* Voir : « La haine se déverse encore sur un candidat juif »
]]>