Depuis 1948-49, les refugiés palestiniens installés au Liban (sur)vivent dans la misère sans que nul ne s’en émeuve. Au-delà de toute considération politique, une indifférence choquante.
« Les 450.000 réfugiés palestiniens enregistrés par les Nations Unies au Liban survivent dans la pauvreté, vivant dans une douzaine d’entités pareilles à des camps de concentration ». Cette phrase terrible n’est pas de la « propagande sioniste », comme on dit en face.
Elle est extraite d’un article du journaliste palestinien, Ramzy Baroud, publié en juillet de cette année sur le site Info-Palestine *. Il cite aussi un extrait d’un rapport de l’ANERA (American Near East Refugee Aid) : « Les camps de réfugiés palestiniens au Liban sont considérés comme les pires des camps de la région en termes de pauvreté, de santé, d’éducation et de conditions de vie ».
Ces informations réjouiront sans doute la droite juive qui s’estimera ainsi dédouanée du sort des Palestiniens de Cisjordanie et surtout de Gaza. Elles irriteront aussi ces pro-Palestiniens qui ne s’intéressent qu’aux souffrances infligées par les Israéliens.
Et puis après ? Info-Palestine a raison de rappeler ce scandale qui se perpétue au Liban depuis plus de 60 ans : une partie de ce peuple dont le sort suscite tant d’indignation et de solidarité crève lentement dans l’indifférence générale.
En mars 2012, selon la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet, 59% des ménages palestiniens entassés dans 12 camps surpeuplés du pays vivent en dessous du seuil de « pauvreté absolue » libanais (230€ mois/ménage).
63% souffrent « d’insécurité alimentaire » alors que 13% seulement remplissent les conditions pour obtenir des rations de l’UNRWA**. Et, à force de vivre dans des logements délabrés et sans hygiène, 31%souffrent de maladies chroniques et 24% de maladies aiguës.
Cette situation date en fait des années 1950. Car, dès le début, les Libanais ont craint de voir leur pays déstabilisé par l’arrivée de 120.000 nouveaux venus. Ils les ont donc accueillis comme des « hôtes » de passage.
Des étrangers qui n’avaient pas le droit deposséder un domicile ou d’hériter d’un terrain. Et qui n’étaient pas pris en charge par les services sociaux, y compris dans le domaine de la santé.
Les réfugiés palestiniens n’avaient pas non plus le droit de travailler sauf dans le bâtiment ou l’agriculture. Ni d’acquérir la citoyenneté libanaise car cela aurait été renoncer à leur « droit au retour » en Israël.
Des « hôtes » de la troisième génération
Depuis lors, la situation n’a guère évolué. Le refus de laisser les Palestiniens s’implanter chez eux est même un des rares points sur lequel les grandes communautés libanaises sont d’accord. Cela bouleverserait l’équilibre démographie -et donc politique- du pays.
Car, au Liban, les postes de gouvernement sont répartis en fonction de l’importance des communautés. Dans les années 50 et 60, ce furent donc les Chrétiens, alors majoritaires, qui s’opposèrent à l’arrivée de tant de nouveaux citoyens musulmans.
Depuis, la majorité s’est inversée. Selon des chiffres imprécis, (le dernier recensement a eu lieu… en 1932), sur quatre millions de Libanais, les Chrétiens ne sont plus que 35% pour 60% de Musulmans, principalement des chiites.
Ces derniers refusent, eux aussi la nationalité aux Palestiniens car ce sont bien des musulmans… mais sunnites. Dans ces conditions, ces derniers n’ont connu qu’une seule amélioration notable de leur situation : en août 2010, le Parlement libanais a voté une modification de la législation sur le travail. Elle accordait enfin aux Palestiniens le droit d’exercer toutes les professions, (avocat, militaire ou médecin exceptés).
Souci : depuis lors, le Ministère libanais du Travail n’a toujours pas publié le décret d’application qui permettrait l’entrée en vigueur de cette disposition… Bref, après trois générations, le sort de ces « hôtes » du Liban ne s’est amélioré en rien.
Et leur futur n’est guère plus rose. Ils sont abandonnés par tout le monde : leur pays d’accueil mais aussi les autorités palestiniennes pour qui leur retour est une arme de négociation ou le monde arabe qui est depuis longtemps passé à autre chose.
Et par les médias et les opinions publiques qui préfèrent les histoires en noir et blanc. Où ranger des « bons » qui sont davantage maltraités par d’autres « bons » que par les « méchants » ? Dans le malheur aussi, certains sont plus égaux que d’autres…
*http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=12391
**UNWRA : United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (« Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient ». Programme de l’ONU fondé en 1949 pour venir en aide aux réfugiés palestiniens.
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