En principe, moins on parle de l’antisémite et négationniste Dieudonné, mieux on se porte. Mais quand, pour ce seul mois d’octobre, il est condamné à deux reprises par la justice (et une troisième, on peut l’espérer, fin novembre), il faut bien en dire un mot.
Pour Dieudonné, la longue dérive commencée en 2002 vire au naufrage. C’est cette année-là, en effet, que le Centre national de la cinématographie (CNC) français avait refusé de financer son projet de film sur la traite négrière.
Plutôt que de se dire que son dossier était peut-être mal ficelé, Dieudonné accuse alors les « sionistes du CNC » de privilégier le génocide juif aux dépens de celui des Noirs. Depuis, cet ex-homme de gauche a glissé, sans trop de peine, vers le Front National tout en copinant avec le gratin du négationnisme mondial, de Faurisson à Ahmadinedjad.
Il n’a plus cessé de s’en prendre aux « sionistes » puisque s’en prendre directement aux Juifs est illégal, les traitant, pêle-mêle, de nazis, de négriers, d’escrocs ou de chiens. Le tout au nom de la liberté de parole et de l’humour réunis. Ce qui donne, par exemple :
« On a eu pendant la guerre l’occupation allemande ; aujourd’hui, c’est l’occupation sioniste. Non seulement, la guerre n’est pas terminée, mais elle se durcit car l’occupant est pire que les précédents » (mars 2011). N’est-ce pas à pleurer de rire ?
A force, Dieudonné a fini par récolter plusieurs condamnations pour incitation à la haine raciale, diffamation, injures antisémites, diffamation publique à caractère racial, etc. ainsi que de lourdes amendes.
La dernière en date est tombée ce 17 octobre 2012 : 10.000 euros pour injures à caractère raciste lors d’un « sketch » avec son ami Faurisson. Condamnation suivie, deux jours plus tard, par l’ouverture d’un nouveau procès.
Cette fois, pour « diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale ». Le parquet a requis 20.000 €. L’accusé s’est défendu en parlant de « propos mal compris » et « d’amalgames ». Jugement le 27 novembre.
En attendant, Total respect, une association afro-caribéenne a publié un communiqué affirmant que Dieudonné M’Bala M’Bala était « une honte pour les Noir(e)s de France ». Un rejet similaire à celui des « Indigènes de la République » en 2009.
Ce mouvement, par ailleurs antisioniste, s’était alors scandalisé de ses liens avec « les forces racistes et colonialistes » de l’extrême droite en précisant que « les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis ». Ambiance…
Autre souci, toujours ce mois-ci, mais avec le fisc, cette fois : la justice réclame à Dieudonné, 887.000 euros, excusez du peu : il n’a pas payé ses impôts sur le revenu (entre 1997 et 2005), ses contributions sociales (entre 1997 et 2003) ni sa taxe foncière (entre 2008 et 2009).
Pas mal pour quelqu’un qui se plait à traiter sans cesse les Juifs d’escrocs. Il est vrai qu’il s’est défendu en expliquant qu’il était « en situation financière très délicate, du fait de la multiplication des annulations de ses spectacles ».
Sauf que les sommes sont sans équivalent et que, de toute façon, ces annulations n’ont débuté, au plus tôt, qu’en 2004. Quoi qu’il en soit, ce 18 octobre, le juge a fait vendre aux enchères un ensemble immobilier lui appartenant. L’Etat a ainsi pu récupérer 500.000 €.
Et ce n’est là qu’une partie du patrimoine de Dieudonné… Tous ceux qui, au nom de la liberté d’expression, ont fait l’effort de lui verser quelques euros afin de lui éviter la faillite et la misère apprécieront.
Si l’on pratiquait l’humour vicieux façon Dieudonné, on s’interrogerait sur la façon dont il a acquis tous ces biens. D’où est venu l’argent ? Pas de ses parents, gens aisés, mais non fortunés. Ni de ses spectacles, même quand ils avaient du succès. Alors ?
Et on aurait répondu en désignant une théocratie antisémite qu’il aime fréquenter. Mais pourquoi voir le mal partout ? Comme son mentor J.M. Le Pen, Dieudonné a peut-être simplement hérité du fric d’un admirateur alcoolique à qui il aurait offert un verre de trop…
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