Vive la liberté ! Une belle façon de résumer l’hommage rendu par Ismaël Ferroukhi au courage et à la détermination d’une poignée de Maghrébins qui ont choisi de se battre aux côtés de la Résistance française, dans la guerre contre Hitler. Un film bouleversant projeté le mercredi 24 octobre 2012 à 20h30 au CCLJ.
C’est au départ d’un article du Nouvel Observateur qu’Ismaël Ferroukhi, réalisateur français d’origine marocaine, découvre cet épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale pendant lequel la Mosquée de Paris aurait caché des Résistants et des Juifs. Il y apprend l’existence d’une importante communauté maghrébine à Paris, 100.000 personnes venues travailler dans les usines avant la guerre, de cabarets arabes, d’un hôpital et d’un cimetière musulmans, et décide de s’intéresser au directeur de la Mosquée pendant l’Occupation, Si Kaddour Ben Ghabrit.
Fervent religieux, doté d’une grand humanité, surnommé « le plus parisien des musulmans », à la personnalité complexe, Si Kaddour Ben Ghabrit aurait, tout en fréquentant des ministres de Vichy et des officiers allemands, risqué sa vie pour sauver une centaine de Juifs, dont celle du chanteur algérien Salim Hallali, en leur faisant octroyer par le personnel administratif de la mosquée des certificats d’identité musulmane, pour leur permettre d’échapper à l’arrestation et à la déportation.
C’est cette histoire qu’a choisi de nous raconter Ismaël Ferroukhi, et qu’ont décidé de présenter -un an après sa sortie sur les écrans- le CCLJ et le Projet Aladin, dans un contexte peu propice au rapprochement entre communautés, en particulier entre Juifs et musulmans.
1942. Younes (excellent Tahar Rahim, révélé par Un Prophète, de Jacques Audiard, 2009) est un jeune émigré algérien qui vit du marché noir. Arrêté par la police française, il accepte d’espionner pour celle-ci la Mosquée de Paris. Son directeur Si Kaddour Ben Ghabrit (Michael Lonsdale, meilleur second rôle masculin pour Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois) est en effet soupçonné de recueillir des Juifs et des résistants et de les aider à fuir grâce à de faux papiers. Mais Younes va très vite se lier d’amitié avec Salim (irrésistible Mahmoud Shalaby, Une bouteille à la mer, de Thierry Binisti), un chanteur juif algérien qui se fait passer pour musulman. Renonçant à la mission que la police lui a confiée, il deviendra un véritable défenseur des libertés.
« Au début du film, c’est un personnage en retrait, qui n’est que de passage, puisqu’il est venu à Paris pour gagner de l’argent et aider sa famille », explique le réalisateur Ismaël Ferroukhi. « Sans travail, il est amené à faire du marché noir. Je voulais parler d’un personnage qui, à travers l’histoire des autres, évolue et se transforme, en passant inévitablement, avant de trouver son chemin, par des phases de doute, de tentations, de revirements, raison pour laquelle il estimera dans un premier temps que cette guerre n’est pas la sienne ». Au-delà de leurs différences et malgré les risques encourus, ces hommes, français, musulmans comme juifs, vont finalement combattre ensemble pour la liberté.
Leçon d’espoir
« En projetant ce film, nous remplissons une de nos missions : montrer qu’aux pires moments de l’occupation nazie en France, face à la lâcheté et la compromission, la Mosquée de Paris est le théâtre d’une histoire de fraternités humaines : fraternité entre Younes et Salim Hallali; fraternité entre la Résistance française et les militants algériens nationalistes », relève Anne-Marie Revcolevschi, présidente du Projet Aladin qui poursuit ces objectifs de rapprochements interculturels, notamment par une meilleure connaissance de l’histoire.
Pour donner à son film des bases solides, le réalisateur Ismaël Ferroukhi s’est entouré de Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb, et de Pascal Le Pautremat, qui a travaillé pendant plusieurs années sur l’islam en France. Une formidable leçon d’espoir qui, en s’appuyant sur une importante documentation historique, nous fait découvrir un pan méconnu de l’Occupation. En même temps qu’un très bel hommage à la musique arabo-andalouse.
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