Accusé à tort d’avoir giflé une étudiante voilée intégralement ayant saccagé son bureau, Habib Kazdaghli, doyen de la faculté de lettres de l’Université de Tunis (La Manouba) comparaissait ce 25 octobre 2012 devant la justice tunisienne pour « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ». La décision sera finalement rendue le 15 novembre prochain.
Professeur d’université et militant laïque, Habib Kazdaghli est la cible d’attaques récurrentes des groupes salafistes cherchant à imposer leurs conceptions rétrogrades à l’université tunisienne dans son ensemble.
Tout a commencé par un bras de fer concernant le port du niqab (voile intégral) au sein de son université. Des militants salafistes ont alors investi les locaux de la faculté de lettres, dont le bureau du doyen, obligeant ainsi ce dernier à utiliser sa voiture en guise de bureau. Et tout cela, sans que les autorités tunisiennes n’interviennent pour expulser ces fanatiques religieux.
Ayant réussi à maintenir l’interdiction du port du niqab après avoir finalement obtenu l’expulsion des salafistes des locaux de sa faculté, Habib Kazdaghli pouvait enfin envisager l’avenir avec sérénité… jusqu’au 6 mars 2012, lorsque deux étudiantes portant le niqab ont pénétré sans autorisation dans son bureau pour le saccager. Par leurs propos, le doyen a alors compris qu’il s’agissait d’étudiantes convoquées par le conseil de discipline pour non-respect du règlement concernant l’interdiction du voile intégral.
La suite est connue : victime de violences graves, Habib Kazdaghli est désigné par la justice comme l’agresseur d’une des deux étudiantes qui a porté plainte à la police, l’accusant de l’avoir giflée. Accusation fantaisiste qui se transforme en procès inique puisque lors d’une première comparution le 5 juillet 2012, le parquet a requalifié le chef d’inculpation pour l’aggraver, justifiant le report du procès. Habib Kazdaghli encourt dorénavant cinq ans de prison.
Lors de l’audience de ce 25 octobre, les parties ont exposé devant le juge leurs récits des faits et les avocats ont demandé le report qui a été fixé au 15 novembre 2012. Au cours de cette audience, les avocats du doyen de la faculté des lettres ont insisté sur un point important : en saccageant le bureau d’un haut fonctionnaire, les étudiantes voilées ont porté atteinte à une propriété de l’Etat. Cet élément a été complètement évacué par le Ministère public lorsqu’il a requalifié les faits pour aggraver l’accusation portée contre le doyen.
« J’aurai préféré que les juges rendent leur jugement aujourd’hui », déclare Habib Kazdaghli dans un entretien qu’il nous a accordé après l’audience. « Il faut que l’Université et la faculté de lettres puissent poursuivre leurs activités normalement. L’enjeu de ce procès réside non pas dans ma propre personne, mais dans la primauté que doivent avoir les exigences pédagogiques sur toute considération religieuse ».
La forte mobilisation d’universitaires et d’observateurs belges n’a échappé à personne. « La Belgique était bien représentée avec une délégation de personnalités importantes de l’Université libre de Bruxelles et du Centre d’action laïque. L’avocate Michèle Hirsch a également assisté au procès en tant qu’observatrice. De cette manière, les autorités tunisiennes se sentent observées. C’est la moindre des choses pour un régime qui prétend accroître sa politique de voisinage avec l’Union européenne. Si le gouvernement veut faire preuve de cohérence, il doit garantir l’Etat de droit en Tunisie et tout faire pour que des procès aussi fantaisistes ne puissent se tenir ».
Lire notre article Quand la victime devient l’accusé (Regards, 2/10/2012)
Habib Kazdaghli dans un entretien exclusif qu’il nous avait accordé (26/6/2012)
]]>