On a parlé * de cette forte minorité d’Israéliens qui sont racistes. Il n’y a pas qu’eux. Selon un sondage récent**, une majorité d’Américains le sont aussi. Comme tous les peuples du monde, en fait.
51% Tel est le pourcentage d’Américains qui se déclarent ouvertement racistes. Un chiffre qui monte à 56% si on y ajoute ceux qui s’en cachent. Paradoxal dans un pays dont, à l’exception de la petite minorité amérindienne (6% ), toute la population est d’origine étrangère.
Mais c’est ainsi : dès le début, chaque nouveau groupe d’arrivants a été dénigré et rejeté. Tour à tour, les Irlandais, les Italiens, les Juifs, les Portoricains en ont bavé avant de devenir de « vrais » Américains. Un bizutage national en quelque sorte.
Mais aucun de ces groupes n’a eu autant à subir le racisme que les Africains. Leur intégration a été plus lente et plus difficile et, même aujourd’hui, les 35 millions d’Afro-Américains souffrent toujours de préjugés ou de discriminations.
Pire, le racisme à leur égard a augmenté depuis l’élection de Barack Obama. En 2008, le nombre de racistes ouverts ou honteux se situait encore, quoique de peu, sous la barre des 50% (respectivement 48 et 49%).
Cette augmentation risque de compromettre la réélection de l’actuel Président : elle pourrait lui coûter jusqu’à 2% des suffrages. Ce qui dans une élection aussi serrée que celle qui l’oppose à Mitt Romney n’est bien entendu pas négligeable.
C’est aussi un autre paradoxe. Car ces dernières décennies, nombre de Noirs ont été élus à des fonctions importantes, maire d’une grande ville par exemple. En général, c’était avec un faible score chez les électeurs blancs.
Par contre, s’ils se représentaient et obtenaient un second mandat, c’était en bonne part grâce à une forte croissance du vote chez ces mêmes électeurs. S’il n’en va pas ainsi pour B. Obama, c’est, selon le très réputé site « Examiner.com », la faute aux Républicains
Car ceux-ci (et spécialement à leur aile droite, le « Tea Party ») ont systématiquement utilisé le racisme durant quatre ans pour s’opposer au premier Président noir. Ils n’ont cessé de l’accuser d’être né au Kenya (ce qui le rend inéligible à la présidence) et d’être musulman.
Au point qu’Obama a dû produire son acte de naissance, lequel montre qu’il est né à Hawaï, un des 50 Etats du pays. Il a aussi été contraint d’expliquer que son père était musulman (d’où son 2eprénom, Hussein), mais athée.
Que sa mère était chrétienne, mais agnostique et lui-même protestant. Ce qui n’empêche pas 45% des électeurs républicains de continuer à croire le contraire.
Comme le résume l’Examiner : « Ils définissent Obama comme un musulman né à l’étranger qui n’a légalement aucun droit d’être président et qui prend le travail d’un chrétien américain légitime (et blanc) ».
« Mama Troll » frappe encore
Sans parler d’autres attaques comme celle-ci, toute récente de la toujours nuancée Sarah Palin, que d’aucuns surnomment à présent « Mama Troll ». Sur sa page Facebook, elle accuse le Président d’une attitude « shuck and jive » à propos de l’attentat de Benghazi (11/11/12).
« Shuck and jive » est une expression -intraduisible en français- utilisée dans les années 1920 pour décrire l’attitude des Noirs assurant qu’ils allaient effectuer leur tâche, mais qui ne faisaient rien en réalité.
L’ex-future vice-Présidente des Etats-Unis s’est défendue en assurant qu’elle disait la même chose à sa fille quand elle ne travaillait pas à ses devoirs. Ce qui la range donc dans la catégorie des Américains qui n’assument pas leur racisme.
Tout ceci étant dit, reste cette banalité que d’aucuns feignent d’ignorer : si une partie plus ou moins grande des Israéliens et des Américains versent dans ce méprisable mode de pensée qu’est la haine de l’autre, ils ne sont certes pas les seuls.
Aucun peuple n’est épargné par le racisme, pas même ceux qui sont opprimés ou exploités. On peut tout à fait être (ou avoir été) exclu et exclure : les Africains ne se rejettent-ils pas souvent les uns les autres au nom de leurs identités nationales ?
Et que dire du sort que les Arabes réservent à leurs minorités ethniques ou religieuses ? Où ces nombreux pays, comme la Chine, le Japon, la Corée, etc. dont la population s’estime supérieure au reste d’une planète emplie de barbares ?
Faisons court : le racisme est la chose la mieux partagée du monde. Le rejet de l’étranger est un reflexe premier de l’homme. Mais l’essentiel, c’est le second mouvement. Et là, il existe vraiment deux groupes humains différents.
D’une part, ceux qui admettent cet instinct détestable et le quantifient pour mieux le combattre. Et de l’autre, ceux qui, pour toutes sortes de mauvaises raisons, le nient pour mieux se vautrer dedans.
* « Israël : Le sondage sur l’apartheid qui énerve la droite » (http://www.cclj.be/article/2/3726)
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